
Le procès en appel du général Félix Kadangha s’ouvre à Lomé, ravivant l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles du Togo. Condamné en première instance à vingt ans de prison pour complot et complicité d’assassinat, l’ancien chef d’état-major conteste fermement la décision. L’affaire remonte au meurtre mystérieux du colonel Madjoulba en 2020, survenu au cœur d’un camp militaire hautement sécurisé.
L’atmosphère était empreinte d’une solennité particulière ce lundi 16 février 2026 à Lomé. Après un premier renvoi en novembre dernier, la cour d’appel militaire a officiellement ouvert le nouveau chapitre judiciaire concernant Félix Abalo Kadangha. L’ancien chef d’état-major des armées togolaises, figure centrale de l’appareil sécuritaire pendant sept ans, se retrouve une nouvelle fois face à ses juges pour répondre de l’un des crimes les plus mystérieux de l’histoire récente du pays.
Un crime au cœur du pouvoir militaire
Le dossier puise sa source dans les événements tragiques de mai 2020. Le colonel Toussaint Bitala Madjoulba, alors chef du prestigieux Premier Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), avait été retrouvé sans vie dans son bureau du camp militaire de Lomé. Le drame s’était produit dans des circonstances troublantes, seulement quelques heures après la prestation de serment du président Faure Gnassingbé.
Ce meurtre, commis au sein même de l’enceinte la plus sécurisée de la capitale, avait provoqué une onde de choc nationale et soulevé d’innombrables questions sur les rivalités internes au sein de la grande muette.
Une condamnation lourde contestée par la défense
En première instance, le verdict était tombé comme un couperet pour le général Kadangha : vingt ans de réclusion criminelle. La justice l’avait reconnu coupable de complot contre la sûreté de l’État, de complicité d’assassinat et d’entrave à la justice. Pour ses conseils, cette peine est le résultat d’une procédure qu’ils jugent partiale.
La défense entend démontrer durant cet appel que le dossier souffre d’un manque de preuves matérielles flagrant et que des vices de forme ont entaché les débats précédents. Les avocats de l’ancien haut gradé placent beaucoup d’espoir dans ce recours pour obtenir une révision, voire une annulation des charges pesant sur leur client.
L’exigence de vérité pour la famille et l’opinion
Au-delà de la stratégie des avocats, ce procès en appel est surtout scruté par la famille du colonel Madjoulba et la société civile togolaise. Malgré l’identification de l’arme du crime grâce à des expertises internationales, l’identité du tireur demeure une énigme non résolue officiellement.
Pour les proches du défunt, qui dénoncent depuis des années les lenteurs de l’instruction, cette audience représente l’ultime chance de voir la lumière jaillir sur les zones d’ombre de cette nuit fatidique. L’issue de ce procès sera révélatrice de la capacité de la justice militaire à traiter des dossiers de haute sensibilité impliquant ses plus hauts responsables.




