Togo : le président de la Commission nationale des droits de l’Homme contraint à la démission

Sam Dja Alilou Cissé, le nouveau président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) est la cible des critiques des organisations des droits de l’homme au Togo, ATDH, ATDPAH, CACIT, EDH, LTDH et NDH, ASVITO. Son tort ? Avoir tenu des propos niant le traficotage du rapport publié par le gouvernement togolais le 18 février dernier sur les faits de torture au Togo lors de la présentation du plan d’action du nouveau bureau de la CNDH à la presse, vendredi dernier à Lomé.

(De notre correspondant)

D’après les Organisations des Droits de l’Homme au Togo (ODDH), Sam Dja Alilou Cissé s’est refusé de reconnaitre que le rapport sur les faits de torture au Togo a subi un tripatouillage. Le nouveau président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a même déclaré qu’ « on doit laisser ce rapport au tiroir et poursuivre leur mission habituel, celle de former la population et ses membres sur la question des droits de l’homme ». Suite à ces propos prononcés par le nouveau président, les Organisations des Droits de l’Homme au Togo (ODDH) ont réagi dans un communiqué rendu public pour exprimer leur mécontentement vis a vis de sa déclaration qui selon elles ne tiennent pas la route. Traumatisées par cette déclaration, les six organisations de défense des droits de l’homme demandent la démission pure et simple d’Alilou Sam Dja Cissé.

Pour les ODDH, « de tels propos venant du nouveau président de la CNDH démontrent que la présence de M. Cissé à la tête de cette institution n’a d’autres buts que de servir le prince et exaucer avec joie les vœux des faiseurs de la République. Elles trouvent que ces propos offrent irréversiblement de profonds et sérieux doutes sur la sincérité et l’honnêteté qui doivent caractériser tout président de la CNDH. Traumatisées par cette déclaration, les six organisations de défense des droits de l’homme demandent la démission pure et simple d’Alilou Sam Dja Cissé.

L’association Asvito trouve pour sa part très ahurissant que le président de la CNDH tienne de tels propos alors que même le gouvernement qu’il pense couvrir en parlant de telle sorte, avait lui-même reconnu ce tripatouillage. Il en vient alors à déduire que le président de la CNDH veut étouffer et asphyxier à tout jamais la mise en œuvre des recommandations formulées par Koffi Kounté à la suite de son rapport. Commandant Olivier Amah Poko demande lui-aussi la démission de Alilou Sam Dja Cissé et l’ouverture d’une enquête sur les cas de torture et du traitement inhumain et dégradant dont est victime Agba sow bertin, le richissime homme d’affaires togolais arrêté dans l’affaire d’escroquerie international au Togo.

Pour rappel, c’est à la demande du gouvernement togolais que la CNDH a été saisie, le 16 septembre 2011, pour mener les investigations sur les allégations de cas de torture dont auraient été victimes les personnes interpelées et détenues pour « tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat ». Dans cette tentative de coup d’Etat, en 2009, Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, avait été reconnu coupable et condamné à vingt ans de prison, en septembre 2011.

Les membres de la CNDH, réunis en session plénière, le 15 février dernier avaient décidé, à l’unanimité, de transmettre, le 17 février 2012, le rapport au gouvernement. Les autorités togolaises ont publié le rapport qui ne fait pas état de tortures ni de maltraitance. La CNDH a alors décidé de publier, sur son site internet, sa version dite « authentique » du rapport qui souligne que « des actes de violence physique et morale à caractère inhumain et dégradant » ont bien été commis. Suite à cette publication, Koffi Kounté , le président de la CNDH de l’époque, s’est senti menacé par des proches du pouvoir et a quitté Lomé pour Paris où il refuge jusqu’aujourd’hui.