Togo : la guerre des frères Gnassingbé est ouverte

La rivalité entre le président togolais, Faure Gnassingbé, et son demi-frère, Kpatcha Gnassingbé, est officiellement ouverte. Dans la nuit de dimanche à lundi, une fusillade a eu lieu au domicile du second. Député du RPT, parti au pouvoir, Kpatcha Gnassingbé accuse un militaire proche du chef de l’Etat d’avoir attenté à sa vie. Lui-même est accusé, par le procureur de la République du Togo, d’avoir tenté de porter atteinte à la sûreté de l’Etat.

Restée jusque-là de l’ordre de la rumeur, la guerre des frères héritiers du pouvoir au Togo, éclate au grand jour. La maison de Kpatcha Gnassingbé, député du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir) et frère du président de la République a été, dans la nuit de dimanche à lundi, le champ d’échanges de tirs nourris à l’arme lourde.

La situation reste confuse à Lomé, la capitale du pays, au lendemain de cette fusillade. Les explications divergent selon les sources. D’un côté, celles du procureur de la République, Robert Bakaï, qui dans un communiqué livré, lundi, à la télévision nationale, a indiqué que ces échanges de tirs ont opposé la garde rapprochée de l’honorable député Kpatcha Gnassingbé aux forces de sécurité. Ces derniers avaient pour mission d’interpeller le frère du président qui aurait tenté de porter atteinte à la sûreté de l’Etat. Il devait être entendu dans le cadre d’une enquête.

Un exercice d’évacuation au lycée français

« Des services étrangers ont informé leurs homologues du Togo de l’imminence d’un évènement et de la gravité de certaines actions qui se préparaient », a déclaré M. Bakaï. Ces actions devaient avoir lieu au moment où Faure Gnassingbé, le président togolais, devait effectuer une tournée asiatique, à partir de lundi. Des témoins, à Lomé, affirment que des soldats français présents au Togo dans le cadre d’une manœuvre militaire qui se déroule à Kara, au nord du pays, ont effectué, mercredi dernier, un exercice d’évacuation de leurs ressortissants du Lycée français de Lomé. Cet exercice aurait-t-il un lien avec lesdites informations reçues par les services de renseignements togolais ? La question reste posée et une multitude d’autres aussi, d’ailleurs.

Car de l’autre côté, Kpatcha Gnassingbé, au cœur de cette affaire, affirme avoir fait l’objet d’une tentative d’assassinat fomentée par des militaires fidèles à son aîné, Faure Gnassingbé. Lundi matin, l’ancien ministre de la Défense déchu (2005-2007) a indiqué à la presse qu’un de ses propres beau-frère, le colonel Félix Katanga, à la tête des Forces d’interventions rapides (FIR), une unité d’élite de l’armée togolaise, était à l’origine du coup de force qui l’a visé. « Excellence, vous vous rendez ou je vous tue. En tout cas aujourd’hui, c’est la mort », aurait lancé le colonel Katanga à son attention. Kpatcha Gnassingbé affirme devoir la vie sauve à un autre de ses demi-frères, le Colonel Rock Gnassingbé qui commande la division des blindés des Forces armées togolaises (FAT) et qui est également le président de la Fédération togolaise de football.

Kpatcha serait en un lieu sûr

Alors que certains de ses proches, parmi lesquels des officiers de l’armée et des civils ont déjà été arrêtés, Kpatcha Gnassingbé serait dans un lieu sûr indique-t-on à Lomé. Officiellement, les tirs n’ont fait aucune victime même s’ils ont duré pendant plusieurs heures.

A moins d’un an de la présidentielle de 2010, voila donc ouverte le bras de fer entre le président togolais et son demi-frère, sérieux prétendant à la magistrature suprême du pays. Cette rivalité met à rude épreuve l’union de la famille du défunt président du Togo, Gnassingbé Eyadema, mais aussi celle du parti au pouvoir, le RPT, au sein duquel Kpatcha Gnassingbé jouirait d’une certaine popularité, selon certains observateurs. Elle met surtout en jeu l’autorité de Faure Gnassingbé. Tout le challenge pour le président togolais, serait de faire arrêter son propre demi-frère, au risque de provoquer le mécontentement d’une partie de la majorité au pouvoir.