
Sébastien Perez-Pezzani et Gaël Mocaër ont été placés sous mandat de dépôt le 17 août à Lomé. Arrêtés fin juillet dans le nord du pays alors qu’ils tournaient un documentaire pour France Télévisions, les deux reporters français font face à une procédure judiciaire dont les contours demeurent très flous.
Détenus dans la plus grande discrétion depuis le 27 juillet, Sébastien Perez-Pezzani et Gaël Mocaër ont été placés sous mandat de dépôt le 17 août par un juge d’instruction togolais.
Les deux hommes s’étaient rendus sur place afin de tourner un nouvel épisode des Routes de l’impossible, émission emblématique de France Télévisions produite par Tony Comiti Productions. L’information, révélée par le journal togolais L’Alternative puis confirmée par la correspondante de France 24 et TV5 Monde en Afrique de l’Ouest, Emmanuelle Sodji, a été actée par le Quai d’Orsay le 18 août.
Interpellés dans une zone sous état d’urgence
Les deux hommes ont été interpellés alors qu’ils se trouvaient dans le nord du Togo. Cette région frontalière du Burkina Faso est sous haute tension et depuis la fin de l’année 2021, l’armée togolaise y fait face à des incursions répétées de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Pour contrer la menace terroriste, Lomé y maintient un état d’urgence régulièrement renouvelé, la dernière prolongation d’un an remontant à février dernier.
Sébastien Perez-Pezzani et Gaël Mocaër ne sont pourtant pas des novices en matière de terrains à risques. Le premier avait déjà connu une interpellation lors d’un tournage sous tension au Venezuela, tandis que le second a couvert le Tchad et l’Ukraine.
Flou juridique et querelle de visa
Si la diplomatie française assure suivre de près leur situation, la nature exacte des reproches formulés par la justice togolaise reste ambiguë. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a indiqué qu’une information judiciaire était ouverte et que les deux réalisateurs avaient pu recevoir trois visites consulaires à ce jour, précisant veiller à leur état de santé et au respect de leurs droits de défense.
Des sources locales évoquent un litige lié au titre de séjour. Il serait reproché aux deux Français d’avoir mené des activités journalistiques et des prises de vues professionnelles sous couvert d’un visa inadapté. Toutefois, aucun chef d’accusation officiel n’a encore été formalisé et rendu public.
Cette incarcération s’inscrit dans une série d’incidents visant des ressortissants français et des professionnels de l’information. En 2024, le journaliste Thomas Dietrich (Afrique XXI) avait été condamné puis expulsé pour entrée illégale alors qu’il enquêtait dans le pays. Plus récemment, entre juin 2025 et janvier 2026, l’expert-comptable français Steeve Rouyar avait passé sept mois en détention à Lomé sous l’accusation d’atteinte à la sûreté de l’État, avant d’être finalement libéré.
Un contexte de vive tension entre Lomé et la presse française
Ce nouvel épisode judiciaire survient dans un climat particulièrement dégradé entre le pouvoir togolais et les médias français. Depuis juin 2025, les signaux de RFI et de France 24 sont coupés dans le pays, les autorités leur reprochant une couverture jugée « inexacte et tendancieuse » de manifestations de l’opposition. Malgré une intervention diplomatique du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en avril dernier, le signal des deux médias n’a toujours pas été rétabli. Au dernier classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, le Togo occupe la 97ᵉ place sur 180 pays.
Selon L’Alternative, Lomé pourrait par ailleurs chercher à utiliser la détention des deux réalisateurs comme levier pour obtenir de Paris l’extradition du journaliste d’investigation togolais en exil Ferdinand Ayité. Ni Paris ni les autorités togolaises n’ont confirmé cette hypothèse.
Trois semaines après leur arrestation, la nature exacte des charges retenues contre Sébastien Perez-Pezzani et Gaël Mocaër n’a toujours pas été rendue publique.




