Togo : combien de morts avant de suspendre la coopération militaire française ?

Ce jeudi 20 décembre doivent se tenir au Togo des élections législatives, que rejette la coalition d’opposition. Celle-ci refuse les conditions mêmes d’organisation de cette parodie, alors que le « dialogue » entamé depuis les manifestations et la répression féroce de l’année dernière s’est enlisé.

Depuis le mois de novembre, des milliers de Togolais sont descendus dans les rues pour réclamer un retour à la constitution de 1992 et, implicitement ou explicitement, la fin du règne de la famille Eyadema, au pouvoir depuis 1967. D’abord tolérées, ces manifestions ont été de plus en plus réprimées à l’approche du scrutin : les 8 et 10 décembre, au moins 4 personnes ont été tuées, dont un enfant de 12 ans.

Depuis, toute manifestation est interdite, et le général Yark Damehame, ministre de la Sécurité et de la protection civile, a menacé sa propre population lundi 17 décembre en déclarant à la télévision que « ceux qui manifestent et leurs commanditaires subiront la rigueur de la loi ». L’opposition maintient pour autant son appel à manifester. Tous les ingrédients sont réunis pour un nouveau déferlement de violence de la part du régime.

Vendredi dernier, le Quai d’Orsay a expliqué que « la France [était] préoccupée » par cette situation et qu’elle condamnait « les violences qui ont endeuillé le pays » récemment. Pour Thomas Borrel, de l’association Survie, « c’est clairement insuffisant : la France ne peut pas se cantonner à une posture d’observateur inquiet tant qu’elle maintient ses coopérants militaires et policiers au Togo et continue de fournir du matériel, ce qui est perçu par tout le monde sur place comme un soutien tacite au régime, quelle que soit la violence de la répression ».

La ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a expliqué devant les Sénateurs en février dernier que « la France déploie au Togo 12 coopérants dans le domaine de la défense et de la sécurité intérieure. » Ces effectifs relèvent de la coopération structurelle, pilotée par le Quai d’Orsay (via sa Direction de Coopération de Sécurité et de Défense, DCSD), à laquelle s’ajoute de la coopération opérationnelle plus ponctuelle, menée notamment par les troupes françaises basées à Dakar, comme en septembre ou en novembre.

Par ailleurs, on ignore toujours si les cinq hélicoptères d’attaque de type Gazelle de l’armée française, dont la livraison semblait avoir été suspendue en 2017, ont finalement été livrés à l’armée togolaise. En mars dernier, Survie a publié une version actualisée de son rapport « Coopération militaire et policière en Françafrique : De l’héritage colonial au partenariat public-privé », qui présente trois études de cas dont l’une sur le Togo, afin de faire l’état des lieux des informations disponibles sur ce symbole du soutien français au régime Gnassingbé.