Titouan Lamazou expose ses « Femmes du Monde »

lamazou.jpg

Titouan Lamazou présente jusqu’au 30 mars 2008 au Musée de l’homme de Paris, rebaptisé pour l’occasion « musée de la femme », une fabuleuse expo de photos et dessins intitulée « Femmes du Monde ».

lamazou.jpgTitouan Lamazou, c’est avant tout un artiste peintre dont la plume fut longtemps enfouie par sa passion de navigateur. Celui qui parcourut les mers sur son voilier, aux côtés d’Eric Tabarly et Yvon Fauconnier, et s’est distingué en remportant des titres de champion de courses océanes, glisse du coté de l’image, et apprivoise le fusain le temps d’un périple autour de la terre. Aujourd’hui, il nous revient d’un long périple de six ans sur les cinq continents à la rencontre des femmes du monde entier… Il a réalisé de magnifiques portraits qui témoignent à la fois des préoccupations des femmes de l’humanité et de l’extrême universalité qui les exprime, au féminin, sans tabou, sans fausse pudeur. De la Mauritanie, au Pole Nord, en passant par le Brésil et la Palestine, Titouan Lamazou navigue sur les espaces vierges de la beauté naturelle, avec son regard appuyé et sa pellicule photographiant la digne féminité universelle. Il atteste d’une sensibilité d’artiste écorché et d’une rigueur ethnologique épurée.

Afrik.com : Comment vous est venue cette idée de faire ce tour du monde à la rencontre des femmes ?

Titouan Lamazou :
Parce que j’ai 50 piges et que je n’ai toujours pas réussi à percer le mystère de la femme. Sans doute à cause des civilisations…

Afrik.com : Pourquoi les femmes ?

Titouan Lamazou :
Les femmes, elles sont plus authentiques, elles s’autorisent la fragilité et disent vraiment ce qu’elles pensent, contrairement à nous les mecs.

Afrik.com : Et après ce long périple de près de 6 ans, l’avez vous élucidé ce mystère de la femme? Y avez trouvé une réponse ?

Titouan Lamazou :
Non, pas vraiment. En fait j’en appris plus sur moi-même !

Afrik.com : Votre prénom, Titouan, ça sonne très arabe, voire Marocain ? C’est en rapport avec Tétouan, au Maroc, non ?

Titouan Lamazou : Ouais, j’ai grandit à Tétouan et ma nounou m’appelait « Titouan » qui veut dire petit Tétouan. Mon vrai prénom c’est Antoine ! D’ailleurs j’ai fais plusieurs livres sur le Maroc… Je suis un grand amoureux de l’Atlas. C’est là-bas que j’y ai conçu ma fille Zoé.

Afrik.com : Zoé, c’est aussi le logo de l’expo, non ? En hommage à votre fille alors ?

Titouan Lamazou :
Oui, « Zoé » en Polynésien signifie « féminisme ». Ma fille c’est une des femmes de ma vie… Je m’appelle Titouan, je suis né au Maroc moi même et me sens très marocain. D’abord, je suis citoyen du monde, et je n’ai de français qu’une infime parcelle qui se résume à un bout de culture et un passeport… Et de toutes façons je suis anti-ethnocentriste et anti-nationaliste.

Afrik.com :Comment avez-vous réussi à mettre en confiance ces femmes pour qu’elles posent sur vos photos, toiles, et se soumettent à vos questionnaires ?

Titouan Lamazou :
Pour la plupart d’entre celles qui sont dans des pays très pauvres, je les ai rémunrées. Ca m’a paru normal de les payer comme des modèles qui posent à Paris. Donc c’était un vrai job. Certaines s’offraient naturellement à la pellicule. Elles n’ont pas le même rappport à l’image qu’ici en France.

Afrik.com : Comment ça pas le même rapport à l’image ?

Titouan Lamazou :
Vous savez les plus difficiles à convaincre et à appréhender c’était les femmes de Los Angeles, qui craignaient ce que j’allais pouvoir faire de ces photos et images. Normalement je commence toujours par un dessin, lors de mon approche. Du coup, aux USA, j’ai commencé plutot par des questionnaires (du texte plutot que de l’image. En laponie, au Darfour, c’est pas la même chose, pas d’histoire de droit à l’image et puis on est libre de montrer ce qu’on veut bien montrer. C’est pas le même rapport à la pudeur non plus. Ce qui parait tabou ici (comme de montrer un sexe féminin), c’est pas plus tabou dans d’autres pays que de montrer un bout de nez !

Afrik.com : Ce questionnaire en quoi consiste t il ?

Titouan Lamazou :
Des questions basiques et universelles, qui parlent à tout le monde : « Qui es tu ? D’où viens tu ? Est-ce que tu penses à la mort ?

Afrik.com : Vous vous êtes arrêté souvent au Brésil, est ce un pays qui vous a beaucoup marqué ?

Titouan Lamazou :
Ouais, le Brésil m’a super marqué, surtout Rio et les déchetteries. Vous savez qu’il y a plus de deux millions de personnes qui bossent dans ces déchetteries ?

Afrik.com : Quel est l’endroit ou la femme qui vous a le plus marqué ?

Titouan Lamazou :
Finalement à Los Angeles, les MAW : « Model Actress or Whatever ». Ces filles là sont vraiment paumées, elles ont une vie dificile, elles veulent absolument paraitre jeunes, belles et surtout pas pauvres. C’est plus dur que d’être fermière en Afrique. Mais forcément elles m’ont toutes marqué à leur manière. Elles ont toutes leur histoire. La jeune fille de Rio, qui travaillait dans une déchetterie, je l’ai dessinée, prise en photos et questionnée, du coup, TV Globo s’est intéressée à cette fille dont le Français était venu faire le portrait. Suite à ça elle a été interviewée en TV et puis embauchée comme mannequin.

Afrik.com : Comment avez vous réalisé ces photos, elles ont l’air irréelles ?

Titouan Lamazou :
En fait ce sont des montages, celle ci par exemple (Palestine) a demandé un mois de travail, pour faire un montage grand format, avec plus de 250 photos. Comme ça à l’aide de plusieus perspectives superposées,on a rrive à reproduire ce que le cerveau interprète lui même.

Afrik.com : Un dernier mot, concernant votre médaille du mérite maritime ?

Titouan Lamazou :
J’ai été très content de cette médaille, j’aime bien ce titre que je trouve romantique et puis c’est en rapport avec ma passion de navigateur dans la lignée de Tabarly qui est un de mes maîtres, si ce n’est mon maître.

 Visitez le site de Titouan Lamazou dédié à l’exposition.

 Femmes du monde, au Musée de l’homme, 7, place du Trocadéro 75116 Paris, jusqu’au 30 mars 2008.