
Entre ferveur militante et démonstration de force politique, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) a marqué, jeudi 9 avril 2026, son « Jubilé de Chêne ». Sous l’égide de Tidjane Thiam, le plus vieux parti du pays (le parti du Vieux, c’est-à-dire le Père fondateur Houphouët-Boigny) a transformé cette commémoration en un véritable tremplin électoral, à l’heure où les manœuvres pour les prochaines échéances nationales s’accélèrent.
Une marée verte et blanche a déferlé dès l’aube sur la commune de Cocody. Au siège historique du parti, l’effigie de l’éléphant s’affichait sur des milliers de pagnes, portée par une base militante venue rappeler que le doyen des partis ivoiriens n’a rien perdu de sa capacité de mobilisation. Mais au-delà de la nostalgie liée à l’héritage de Félix Houphouët-Boigny, ce 80e anniversaire portait une signature résolument moderne : celle de Tidjane Thiam.
Le « logiciel Thiam » à l’épreuve du terrain
Porté à la présidence du parti après une restructuration chirurgicale, l’ancien banquier international a profité de cette tribune pour clarifier sa ligne. « Nous devons embrasser la modernité pour répondre aux aspirations d’une jeunesse qui n’a pas connu les pères fondateurs », a-t-il martelé. En renonçant récemment à sa nationalité française, le leader du PDCI a levé les derniers verrous sur son éligibilité, plaçant ce jubilé sous le signe d’une « campagne de proximité » imminente. Toutefois, derrière l’unité de façade, les observateurs scrutent les capacités de cohésion interne. Face à un RHDP au pouvoir solidement structuré, le défi pour le PDCI sera d’éviter les dissonances pour proposer une alternative crédible et homogène.
Offensive sur le terrain social et économique
Le parti ne s’est pas contenté de célébrer son passé ; il s’est positionné en censeur de l’action gouvernementale. Alors que l’Assemblée nationale vient d’entériner le Plan National de Développement (PND) 2026-2030, un projet titanesque de 114 000 milliards FCFA, le PDCI a recentré le débat sur le panier de la ménagère et la précarité rurale.
Sur le front agricole, alors que l’exécutif annonce la fin de la crise des stocks de cacao, l’opposition reste vigilante. Le discours de ce jeudi a ainsi privilégié une approche sociale, réclamant une redistribution plus équitable de la rente café-cacao au profit direct des producteurs.
Une course contre la montre
En clôturant les festivités par un appel massif à l’enrôlement des nouveaux électeurs, la direction du parti a rappelé que l’enjeu se situe désormais dans les urnes. Dans une Côte d’Ivoire en pleine mutation démographique, le « parti de la stabilité » tente le pari de la synthèse : rassurer les anciens tout en séduisant une nouvelle génération d’électeurs exigeants.



