Sénégal : démission du président de l’Assemblée, Ousmane Sonko en route vers le perchoir ?


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El Malick Ndiaye Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye
El Malick Ndiaye Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye

La démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale sénégalaise ouvre une séquence politique inédite. Quarante-huit heures après son limogeage du poste de Premier ministre, Ousmane Sonko est pressenti pour prendre la tête du Parlement. Le bras de fer avec le président Bassirou Diomaye Faye se déplace désormais au cœur du pouvoir législatif.

Officiellement, El Malick Ndiaye évoque un choix personnel dicté par « le sens de l’État et l’intérêt supérieur de la nation ». Dans son message de démission publié ce dimanche 24 mai, l’ancien président de l’institution insiste sur la stabilité républicaine. Toutefois, à Dakar, ce retrait semble surtout lié au limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature, survenu deux jours plus tôt.

Une plénière le 26 mai pour réintégrer Ousmane Sonko

Cette démission El Malick Ndiaye s’apparente, en effet, à une stratégie politique millimétrée. Selon l’Agence de Presse Sénégalaise (APS), les députés sont convoqués en séance plénière dès le mardi 26 mai. L’ordre du jour officiel prévoit l’examen de la réintégration d’Ousmane Sonko comme député, suivie de l’élection du nouveau président de la chambre haute.

L’objectif du parti Pastef est de répliquer à la décision de Bassirou Diomaye Faye en installant son leader historique à la tête du pouvoir législatif. Libéré de la discipline gouvernementale, Ousmane Sonko disposerait alors d’une tribune stratégique pour peser sur le budget, les commissions d’enquête et le calendrier des réformes.

Majorité parlementaire et tensions au sein du Pastef

Dans ce dispositif, El Malick Ndiaye a agi en facilitateur. Son retrait permet au Pastef de faire bloc derrière son chef. Et le parti dispose d’un levier puissant avec une large majorité de 130 sièges sur 165, acquise lors des élections législatives de novembre 2024.

La dyarchie entre le président et son ex-Premier ministre s’est transformée en rivalité ouverte ces derniers mois. Ousmane Sonko ayant publiquement critiqué la gestion des « fonds politiques » par la présidence peu avant d’être démis de ses fonctions sur fond de Loi de repression de l’homosexualité au Sénégal.

Quel impact sur la crise de la dette et les discussions avec le FMI ?

Ce basculement institutionnel intervient dans un contexte économique compliqué pour le Sénégal. Le pays fait face à une crise de la dette majeure, marquée par la suspension du programme du Fonds monétaire international (FMI). L’agence Reuters rappelle ainsi que l’endettement réel fin 2024 a été réévalué à 132 % du PIB après l’audit des finances publiques.

Une inconnue de taille subsiste cependant concernant la légalité de cette opération. Plusieurs juristes et figures politiques contestent le droit d’Ousmane Sonko à reprendre son écharpe de député. Les anciens parlementaires Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil rappellent que la loi sénégalaise considère généralement le remplacement par un suppléant comme définitif pour toute la durée de la législature.

La séance du 26 mai s’annonce donc électrique. Si la réintégration d’Ousmane Sonko est validée, le Sénégal entrera dans une forme de cohabitation inédite. Le chef de l’État composera alors avec une majorité parlementaire fidèle à son principal rival politique.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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