
Alors que l’Afrique attire de nouveaux investissements dans le textile et l’habillement, un segment reste largement sous-structuré, celui de l’entretien du linge. A Abidjan, la troisième édition du FAPET a rappelé qu’il ne peut y avoir de souveraineté textile sans un aval normé et durable.
L’Afrique veut produire davantage de coton transformé, de tissus et de vêtements. La Côte d’Ivoire en a donné une illustration spectaculaire en janvier 2024, lorsque la société kényane United Aryan a annoncé un projet d’investissement de 203 milliards de FCFA à Bouaké, pour une unité intégrée de textile et d’habillement. D’autres pays, du Maroc à l’Éthiopie, cherchent eux aussi à consolider leur place dans les chaînes mondiales du secteur.
Cependant, que devient le textile une fois produit, porté et sali ? C’est ce maillon discret que la troisième édition du Forum africain des professionnels de l’entretien textile (FAPET) a placé au centre des débats à Abidjan, du 20 au 22 mai 2026, à la Maison de l’Entreprise du Plateau. Le thème retenu est « Structuration, transition écologique et innovation : cap sur l’industrialisation durable de l’entretien textile en Afrique » résume l’ambition de faire sortir blanchisseries, pressings et buanderies hospitalières d’une économie encore largement artisanale.
Un secteur stratégique, mais encore mal reconnu
Représentant Dr Eugène Aka Aouélé, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Soro Mamadou a défendu l’idée simple que l’entretien textile ne doit plus être considéré comme une activité secondaire. Enn effet, il touche directement à la santé publique, au tourisme et à l’emploi. « L’Afrique doit bâtir ses propres chaînes de valeur », a-t-il rappelé devant les délégations présentes. Le message vise autant les États que les investisseurs car produire du tissu ne suffira pas si l’on ne sait pas l’entretenir aux standards exigés par les hôpitaux, les hôtels et les administrations.
Le président de la Fédération africaine des professionnels de l’entretien textile, Yoboué Célestin-Arthur, a pour sa part plaidé pour concilier croissance industrielle et exigence environnementale. Selon lui, la demande existe déjà mais la filière, elle, doit encore se doter d’un véritable appareil de formation et d’un accès facilité aux équipements modernes.
L’hôpital, test décisif de la filière
Le cas du linge hospitalier illustre l’importance du sujet. Draps, tenues et champs opératoires ne peuvent pas être traités comme du linge ordinaire. Leur circulation impose des protocoles stricts pour limiter les contaminations croisées et les infections nosocomiales.
Ce point était déjà au cœur de la première édition du FAPET, en 2022, lorsque les participants avaient visité la buanderie rénovée du CHU de Cocody, présentée à l’époque comme une vitrine ivoirienne de la blanchisserie hospitalière. Quatre ans plus tard, la demande progresse avec l’ouverture de nouveaux hôpitaux, de cliniques privées et de plateformes industrielles mais les capacités locales, elles, ne suivent pas toujours.
L’eau, contrainte majeure de l’industrialisation
L’édition 2026 a aussi mis l’accent sur une donnée longtemps sous-estimée, la quantité d’eau nécessaire. Car la blanchisserie industrielle en consomme beaucoup et produit des rejets qui doivent être contrôlés. Pour les autorités ivoiriennes, cette réalité fait du secteur un usager à part entière du domaine public hydraulique, soumis à des obligations de déclaration, de redevance et de respect des normes de rejet.
L’entretien textile africain ne peut pas s’industrialiser en reproduisant les erreurs des filières historiquement très consommatrices d’eau et d’énergie. Recyclage des eaux usées, récupération des eaux pluviales, choix des détergents sont autant de chantiers à intégrer dès l’amont des projets.
Le principal défi reste la transformation d’un secteur morcelé en industrie de services. Pressings de quartier, ateliers familiaux, opérateurs hospitaliers, prestataires privés font que l’entretien textile africain existe déjà, mais il est morcelé et demeure largement invisible dans les statistiques économiques. La FAPET veut changer cette perception en défendant la formation professionnelle, la certification et l’accès aux équipements modernes, présentés comme une réponse durable à la demande d’emploi des jeunes.
La deuxième édition, en 2024, avait déjà marqué une montée en puissance, avec six cents participants venus d’une douzaine de pays africains, accompagnée d’un partenariat avec le Comité international de l’entretien textile (CINET). Les Global Best Practices Awards du CINET, dont la finale mondiale se tient à Francfort, offrent désormais à des entreprises africaines une visibilité internationale jusque-là inédite.
Reste à transformer l’élan en politiques publiques. Le secteur attend des lignes de crédit adaptées, des cursus de formation reconnus et des partenariats public-privé, particulièrement dans la santé et l’hôtellerie.



