Terrorisme : Boko Haram est-il vraiment affaibli ?

Alors que beaucoup d’observateurs et de responsables de la sous-région ont affirmé que Boko Haram était affaibli, à bout de souffle, le groupe terroriste nigérian, comme pour signifier au monde entier qu’il n’a pas dit son dernier mot, répand de plus belle le sang.

Boko Haram ne donne plus aucun répit aux pays de la sous-région. Le Tchad, le Niger, le Cameroun, tous ces pays, en plus du Nigeria, sont désormais régulièrement victimes d’attaques de Boko Haram. Le groupe terroriste nigérian bouleverse encore une fois tous les pronostics. Pourtant, il est annoncé affaibli, ou encore à bout de souffle par de nombreux observateurs.

Boko Haram, combattu par les troupes tchadiennes en première ligne, mais aussi nigériennes, camerounaises et béninoises, à travers ces derniers assauts, prouve qu’il a plus d’un tour dans son sac qu’il peut se « battre sur plusieurs fronts ». Comme pour montrer qu’il est loin d’avoir dit son dernier mot, les attaques menées par le groupe armé, ces derniers temps, ont été particulièrement été meurtrières. Rien que dans le nord du Nigeria, Boko Haram a tué plus de 200 personnes en moins de 48 heures pendant le mois de Ramadan. L’organisation armée a abattu des fidèles priant à la mosquée. Ce qui apparaît comme menace persistante, le groupe contraint des jeunes filles à se faire exploser sur les places publiques pour faire le plus de dégâts possibles.

Les attaques du groupe ne s’arrêtent pas au nord du Nigérian. Le Tchad, qui avait été jusque-là épargné, est aussi devenu l’une des principale cible de la secte, qui a répandu le sang au cœur de la capitale N’Djamena en menant des attentats suicides meurtriers. Le dernier en date a eu lieu dans un marché central de la capital tchadienne, faisant au moins 16 morts. L’organisation a même immédiatement revendiqué l’attaque, qui précède à celle du 15 juin dernier qui a fait 38 morts après deux explosions.
Depuis le mois de février dernier, le Niger aussi fait régulièrement les frais du groupe armés, qui attaque régulièrement la prison de Diffa, qui contient de nombreux terroristes. La dernière en date, est celle de ce lundi matin. De même, l’armée camerounaise doit régulièrement essuyer des attaques dans le nord du Cameroun.

Il faudra au moins cinq ans pour venir à bout de Boko Haram

Le groupe sème de plus la terreur alors qu’on l’annonçait en perte de vitesse. « Il s’agissait en réalité juste d’un repli stratégique de Boko Haram. On ne se débarrassera pas de ce groupe armé avant au moins cinq ans », précise cet observateur local, basé à l’Extrême-nord du Cameroun, à la zone de combats entre l’armée camerounaise et la nébuleuse. Toujours selon, cet observateur, contacté par Afrik.com, « le groupe armé a changé de stratégie de combat et n’hésite pas à mener régulièrement des explosions sur les places publiques ou encore à lyncher les populations au couteau ».

Boko Haram est né en 2002. Le groupe armé, au début, ne s’attaquait qu’aux symboles étatiques, bâtiments publics, commissariats, gendarmeries… En 2009, lorsqu’Abubakar Shekau en prend les rênes, l’insurrection armée se radicalise. Elle entame alors un cycle de violence inouïe. Le groupe terroriste tue, massacre, enlève des jeunes filles et femmes en masse, commet des attentats suicides à la bombe.
Il ensanglante le nord du Nigeria sous le regard impuissant du pouvoir. Même après avoir lancé des offensives d’envergures contre Boko haram, l’armée nigériane n’a jamais réussi à se débarrasser du groupe armé, qui avait toujours une longueur d’avance. Des troupes africaines de la sous-région, du Tchad, du Cameroun et du Niger, décident alors de prendre le taureau par les cornes et prêtent actuellement main forte à l’armée nigériane pour venir à bout d’Abubakar Shekau et de ses disciples.

Seulement, les observateurs sont unanimes sur la résolution de l’équation Boko Haram. La solution militaire ne suffira pas. Il faut selon eux avant tout résoudre la question sociale dans le nord du Nigeria, abandonné par l’Etat, où les populations vivent dans la misère. De nombreux jeunes désœuvrés, sans perpectives d’avenir à cause du chômage de masse dans la région, rejoignent aisément les rangs de Boko Haram qui leur promet monts et merveilles. Une aubaine pour Abubakar Shekau qui se nourrit de la misère. Une question se pose avec acuité : Boko Haram est-il affaibli comme le soulignent les observateurs ?