« Terre pourpre » : l’innocence assassinée

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L’écrivain et cinéaste congolais Tima Ouamba signe un roman juste et fort, inspiré par la vie des enfants-soldats et des femmes courageuses qui bravent la folie de la guerre civile, pour garder vivante la flamme de l’humanité.

Dans le flot libéré chaque année par la production littéraire contemporaine, il est difficile de trier les monuments qui subsisteront des centaines de livres qui seront oubliés aussitôt que parus. Mais il est des livres utiles. Des livres dont on peut dire, dès la première page, qu’ils répondent à un besoin.

La littérature comme exorcisme

Ce besoin peut-être personnel : face à une époque de plus en plus incohérente etviolente, fruit d’une mise en scène médiatique permanente où le style compassionnel le dispute à l’irrationnel, où l’absence d’explication rime avec le goût du direct… La littérature ou le cinéma sont des efforts indispensables de mise à distance. Le livre ou le film tentent soudain d’arrêter devant nous le flot des événements et de nous faire réfléchir.

Face aux tragédies des guerres civiles qui ont affecté trop de pays d’Afrique, l’écrivain Tima Ouamba a réussi une forme d’exorcisme littéraire : montrer dans un quotidien insupportable par sa violence et son dérèglement comment peut rester vivace ce qui est le plus essentiel dans l’âme des hommes… Et des femmes, dont la force sauve.

Ecrire pour rompre le silence

Au-delà même d’un besoin individuel d’analyse et de synthèse, qui permet à chacunde se situer dans notre temps, il peut exister une nécessité collective : en dix ans, deux guerres civiles, suivis d’une dizaine d’années de paix, il semble que les Congolais retiennent leur souffle, retiennent leurs mots. Comme si le bruit d’une parole pouvait réveiller l’hydre.

Les divertissements ne manquent pas désormais, pas plus que les plaisirs ou les rires, dans Brazzaville la verte. Mais tant de choses restent tacites et tues… C’est pourquoi le silence doit être rompu, pour que soudain chacun puisse respirer plus librement, pour que la chape tombée se relève, que le ciel se dégage, que la vie reprenne son cours fraternel. Le livre de Tima Ouamba vient répondre à point nommé à cette attente collective, il est ce soulagement partagé, cette vitalité restaurée.

L’innocence volée de l’enfance

Comment cette contagion de haine et d’égoïsme a-t-elle pu se propager si vite ? Comment a-t-elle pu mettre en déroute l’humanité d’un peuple aussi fier et généreux ? C’est cette stupéfaction qu’il fallait dire, cette révolte inconsciente de l’enfant qui veut vivre, quand soudain tout lui parle de mort.

En contrepoint de cette cascade noire, Tima Ouamba livre une leçon d’espoir, et c’est ce qui rend ce livre indispensable : pas de malheur sans rémission, et soudain, une foi plus forte dans le bonheur. Par exigence, par justice, par fermeté. Pour assurer que vivra et grandira ce qu’il y a de plus fort dans l’homme.

Livre utile, donc, témoignage et roman, leçon de vie d’une époque incohérente et dure, où nous devons apprendre à construire, tous ensemble, l’humanité future. Une lecture indispensable.

Photo : Brazzaville, centre ville, par Tima Ouamba.

Pour commander le livre : Tima Ouamba, Terre Pourpre, Berbanz Editions

Le site de Berbanz Editions