Identités perdues ou le silence des racines : ode aux identités dispersées


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ombres
ombre

À travers le récit poignant de deux frères séparés par les fracas de l’Histoire en 1959, ce texte lève le voile sur le drame universel de l’exil et de l’oubli. Entre déracinement et absence, le poète transforme une blessure familiale en une « veilleuse fragile », rendant un hommage nécessaire à toutes les vies effacées par le temps et les frontières.

Il fut un temps
où le frère de mon père –
frères de sang, de père et de mère,
orphelins trop tôt –
furent arrachés l’un à l’autre
comme deux feuilles dans la tourmente.

Vers les années cinquante-neuf,
un grand fracas secoua la terre natale.
Le pays trembla d’un vent révolté ;
l’Histoire, sévère et aveugle,
scella à jamais les liens dans les cases.

L’enfance et l’identité des deux frères
furent séparées, comme s’ils relevaient
de deux mondes étrangers.

L’un franchit la frontière
avec le cortège des exilés,
portant pour seule richesse
le souvenir d’un frère laissé derrière.

L’autre demeura,
enraciné dans un grand vide.

Le temps passa,
lourd et silencieux.
Aucune lettre,
aucun signe,
aucune trace dans la poussière des années.

Aujourd’hui encore,
le nom de l’exilé flotte
comme une question sans réponse.

A-t-il vécu ailleurs, sous un autre ciel ?
A-t-il fondé une famille que nul ne connaît ?
Ou s’est-il éteint,
emportant avec lui
jusqu’à la mémoire de son propre nom ?

Cette hypothèse est la plus plausible.

Ce poème est une veilleuse fragile
posée sur la nuit des absents.

Il rend hommage
à toutes ces identités dispersées,
à toutes, de tous horizons,
à celles que l’Histoire a effacées sans sépulture,
d’ici ou d’ailleurs, de toute époque.

Il rend hommage
à ces vies suspendues
dans le silence des archives et des cœurs.

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