Téléphonie via Internet : du dérisoire à la révolution

De Lomé à Dakar, en passant par Abidjan ou Casablanca, vous trouverez sûrement un cybercafé où il vous sera possible de passer un coup de fil, notamment à l’étranger. Ceci pour un coût réduit comparé au circuit traditionnel. Chronique d’une révolution embryonnaire en Afrique.

Question : comment téléphoner moins cher à l’international ? Réponse : appeler via Internet. Dans les pays africains où les communications vers l’étranger sont hors de prix, l’idée fait son chemin. Le principe est simple : un ordinateur et un logiciel adapté tel Net2phone. Si les communications ne sont pas toujours de très bonne qualité, il n’en demeure pas moins que beaucoup de consommateurs recourent à cette nouvelle option.

Une question de portefeuille

 » Beaucoup de Marocains ont des parents en Europe, aux Etats Unis et au Canada. Ils passent souvent par des cybercafés qui offrent ce service. Ces derniers ne se privent d’ailleurs pas de cette nouvelle manne. Le service est très attractif, quand on sait que l’heure de téléphone via Internet reviendra en moyenne à 10 dirhams contre 7 dirhams la minute par le biais de Maroc Télécom  » note Khaled Tritki, journaliste au quotidien marocain L’Economiste.

Le phénomène n’inquiète pas les opérateurs traditionnels. Au Togo, l’opérateur traditionnel, Togo Telecom, s’adonne à une réduction des tarifs. Vers la France par exemple, le prix de la minute est passé, ces dernières années, de 12 à 7 FF, voire 5 FF aux heures creuses. L’autre alternative est de proposer un accès direct à l’IP (Internet Protocol), technologie qui permet les communications téléphoniques via Internet. L’opération se réduit dès lors à un simple coup de fil.

 » Pour Maroc Télécom, la téléphonie via Internet n’est pas une menace puisque le coeur de cible pour les appels internationaux est constitué par les entreprises. Ces dernières ne sont pas concernées par le phénomène. La société n’est donc pas gênée par ce nouveau concurrent pas très officiel « , affirme Khaled Trikti.

Une menace pour les Etats

Au Sénégal, au Togo, au Maroc ou encore à Maurice, en l’absence de réglementation, les cybercafés qui pratiquent cette activité le font en dehors des circuits officiels. Si elles ne constituent pas une menace sérieuse, les communications via Internet constituent néanmoins une perte sèche pour les opérateurs nationaux. En dernier ressort, ce sont les Etats qui règlent l’addition, leur balance des paiements en étant affectée.

Le déficit semble être moins important pour les pays du Sud que les pays du Nord. Mais ceux-ci  » s’accommodent d’une intensification du trafic international toujours en leur faveur « , indique une source de l’Union internationale des Télécommunications – organisation professionnelle basée à Genève.

 » Les pays du Sud sont donc en général réfractaires à ce type de solution. « , conclut cette même source. La question de la fin du monopole de l’opérateur traditionnel est ici secondaire. En clair : la révolution Internet est en marche à petits pas. Mais elle est irréversible.