Tchad : un francophile charmé par l’Amérique

La culture d’entreprise à la française est-elle adaptable en Afrique ? Elias Many, entrepreneur tchadien, n’y croit pas. Trop bureaucratique. Ce francophile, élevé en France, se tourne vers les Etats-Unis. Très ambitieux.

 » Avant, je vendais des produits français comme les extincteurs Sicli, maintenant, je vais développer des produits américains « , confie avec regret Elias Many, jeune entrepreneur tchadien. Lassé par les tracasseries des entreprises françaises, il s’est tourné vers l’Amérique.

A la fin de ses études de commerce à Lyon en 1988, il décide de rentrer à N’Djamena. Il trouve tout de suite un poste de directeur commercial au groupe français Davum, spécialisé dans l’import-export.  » Dès 1993, je sentais que le Tchad n’était plus viable économiquement « . En fait, les troubles secouent la capitale. Le Tchad devient instable. La France , par l’organisme d’assurances des exportations, la COFACE, décide de ne plus assurer les entreprises exportatrices vers l’Afrique Centrale. Elle signe la mort de Davum. Elias s’y était préparé. Il avait commencé à monter son projet. L’entreprise mettra cinq ans à naître. Pour raisons familiales et professionnelles.

Passion et ambition

En 1998, la société Soteiri voit le jour. Elias Many continue de travailler avec les firmes françaises mais veut raccourcir les délais de paiement et de livraisons.  » Quand je commande un produit, je suis obligé de payer cash et d’attendre quatre mois pour la livraison. Alors, je me suis tourné vers Douala et Yaoundé pour trouver des fournisseurs. J’étais livré dans les trois semaines « . A Paris, au siège des firmes, la sanction n’a pas tardé à tomber : interdiction lui est signifiée d’utiliser les logos.  » C’est une aberration économique. Je vendais toujours leurs produits. Et j’en vendais plus !  »

Juin 2 000 : la Banque mondiale donne son accord pour l’exploitation du pétrole tchadien. Un investissement de 3,5 milliards de dollars sur trois ans.  » C’était ou vivre ou disparaître. C’était la chance de ma vie ou mon enterrement économique « . Son voyage au Canada pour le congrès d’entrepreneurs francophones confirmera la première hypothèse.

Il a reçu de ses nouveaux partenaires américains la garantie de recouvrement de toutes les commandes, quel que soit le montant. Fini les pneumatiques, bonjour les maisons en PVC, les équipements de surveillance et de protection

incendies, …

 » Mon véritable pays après le Tchad, c’est la France. Ma passion est française mais mon ambition est américaine « , conclut Elias, 38 ans. Il a passé 15 ans entre Paris, Besançon et Lyon.