Tchad-Soudan : réconciliation fragile sous l’égide de Khaddafi

Le Tchad et le Soudan ont signé un accord, mercredi, à Tripoli, pour faire la paix et mettre en sourdine le différend qui les oppose depuis plusieurs mois. Les deux pays voisins s’accusent mutuellement de tentatives de déstabilisation par le soutien de rebelles hostiles aux pouvoirs centraux. Parmi les solutions envisagées, le redéploiement de la force de l’Union africaine dans le Darfour le long de leur frontière commune.

Les meilleurs ennemis tchadiens et soudanais, Idriss Déby et Omar el-Béchir, ont signé mercredi soir un accord de paix visant à mettre fin à la crise ouverte qui secoue leurs pays depuis deux mois. Conclut sous l’égide du Président Muhammar Khaddafi et en présence des présidents congolais, Denis Sassou Nguesso, également président de l’Union africaine (UA), du chef de l’Etat centrafricain, François Bozizé, et de son confrère burkinabé, Blaise Compaoré, le texte prévoit « le rétablissement des relations [entre les deux pays], l’interdiction d’utiliser le territoire de l’un pour des activités hostiles contre l’autre et l’interdiction d’accueillir des rebelles des deux pays sur leurs territoires ».

Le Soudan « ennemi naturel » du Tchad

L’Est du Tchad a été l’objet de nombreuses attaques, depuis le mois de septembre, au moment où un groupe de militaires a déserté l’armée tchadienne et trouvé refuge dans le Darfour en promettant de renverser le président Idrisss Déby. N’Djamena a d’abord reproché à Khartoum de laisser les milices Janjaweed franchir la frontière soudano-tchadienne, lorsque celles-ci ont été accusées de razzias côté tchadien. Le Tchad a ensuite accusé le pays voisin d’armer les déserteurs de son armée pour combattre les rebelles du Darfour, prévenant par son ministre de la Communication que ces armes pourraient dans le futur être utilisées contre lui.

Les garde-fous diplomatiques ont sauté le 18 décembre, après l’attaque de la ville d’Adre, au Tchad, qui s’est soldée selon N’Djamena par la mort d’une centaine de villageois. Dans un langage avare en tournures diplomatiques, le gouvernement tchadien s’est déclaré en « état de belligérance avec le Soudan », qualifiant le pays d’« ennemi naturel de la nation ». Au contraire, Khartoum a assuré avoir combattu les déserteurs tchadiens et avoir tout fait pour les repousser hors de ses frontières. Tout en accusant le Tchad de violer sciemment ses frontières à chaque fois qu’elle pourchasse les rebelles.

En janvier, le Président Idriss Déby avait déclaré que la région du Darfour devrait passer sous contrôle de l’Onu. Mais mercredi, Muhammar Khaddafi a insisté dans son allocution d’ouverture pour que « la solution soit africaine (…) Nous n’avons pas besoin de Casques bleus, nous avons nos propres forces africaines, et nous n’avons pas besoin des forces de notre ami Blair (…), nous pouvons résoudre nos problèmes par nous-mêmes », a-t-il assuré. Koffi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, ainsi que de nombreux officiels occidentaux, notamment britannique et américain, se sont récemment prononcés pour la constitution d’une force armée sous commandement des Nations Unies dans le Darfour.