Tchad-Soudan: de la nécessité d’une réconciliation

Le président tchadien Idriss Déby a effectué, lundi et mardi, une visite à Khartoum pour sceller la paix avec le voisin soudanais. Les deux pays ont signé, en janvier dernier, un « accord de normalisation » qui devait mettre fin à cinq ans de guerre par groupes rebelles interposés. Les deux voisins semblent prêts à se réconcilier pour préserver leurs régimes respectifs, à la veille d’échéances électorales importantes.

«Nous sommes venus comme une colombe», c’est en ces termes que le président tchadien Idriss Déby a qualifié sa visite, lundi, à Khartoum, la première au Soudan depuis six ans. Le président Déby a tendu à son homologue soudanais Omar el-Bechir, qui l’accueillait, une branche d’olivier en signe de réconciliation. «J’affirme aux peuples soudanais et tchadien que nous avons complètement tourné la page » du conflit avec le Tchad, a déclaré pour sa part le président Bechir.

Le Tchad et le Soudan semblent vouloir sceller définitivement la paix, après cinq ans de guerre par groupes rebelles interposés. Les relations entre les deux pays s’étaient détériorées en 2005, en partie à cause de la crise du Darfour, et les deux gouvernements se sont mis à soutenir des rebellions armées hostiles à leurs régimes mutuels.

Plus de soutien aux groupes rebelles

Plusieurs accords ont ensuite été signés entre les deux pays, dont l’«Accord de Dakar » en 2008, mais n’ont pas été couronnés de succès. Les deux voisins ont signé, mi-janvier, un « accord de normalisation » comprenant un « protocole de sécurisation des frontières » qui prévoit le déploiement d’une force mixte de 3000 hommes pour empêcher les incursions de groupes armés de part et d’autre de la frontière tchado-soudanaise. Le Tchad et le Soudan s’engagent en outre, dans le cadre de cet accord, à cesser tout soutien aux mouvements rebelles.

Selon des observateurs, Khartoum et N’Djamena ont tous deux intérêt à ce que le processus de normalisation aboutisse, les deux régimes ayant besoin de stabilité à la veille d’échéances électorales importantes. Le Soudan se dirige, en effet, vers des élections en avril, puis un référendum sur la sécession du Sud-Soudan en janvier 2011, tandis que le Tchad s’apprête à organiser des législatives en novembre suivies d’une présidentielle en avril 2011. La réconciliation tchado-soudanaise affaiblirait, en outre, les rebelles du Darfour et faciliterait un accord entre la rébellion et le gouvernement soudanais, qui doivent entamer des pourparlers directs au Qatar. « Cette visite (d’Idriss Deby) aura définitivement un impact positif sur les pourparlers de Doha », a affirmé, cité par l’AFP, le chef de la diplomatie soudanaise, Deng Alor.

Selon le président soudanais, qui devrait se rendre prochainement à N’Djamena à l’invitation du président Déby, des projets de développement conjoints vont être développés dans les zones frontalières afin d’aider les populations du Darfour. Le conflit dans cette région a fait, selon les estimations de l’Onu, 300 000 morts et près de 2,7 millions de déplacés.