Tchad : quand Déby renvoie au… Maréchal Mobutu

Le Président du Tchad, Idriss Déby

En juin dernier, l’Assemblée nationale tchadienne avait voté une résolution faisant du Président Idriss Déby Itno le premier maréchal de son pays. Ce 11 août 2020, date de célébration du 60ème anniversaire de l’accession du Tchad à l’indépendance, le tout nouveau maréchal portera officiellement son titre. Chose que l’opposition tchadienne dénonce vertement.

Le Tchad fête ce jour, mardi 11 août 2020 le 60ème anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Cette célébration sera différente de toutes les précédentes, puisqu’en ce jour même, l’Assemblée nationale tchadienne organise une cérémonie spéciale pour, officiellement, élever le président de la République au rang de maréchal. La date retenue pour cette cérémonie n’est pas du goût de l’opposition dont le chef de file, Saleh Kebzabo, s’est montré très critique : « C’est un crime national que de faire coïncider cet événement avec l’anniversaire de notre indépendance. Le mode de fonctionnement que nous connaissons va faire en sorte que chaque année, on va plutôt privilégier le maréchalat et donc on va reléguer le 11 août 1960 aux calendes grecques. C’est irresponsable et personne ne peut l’accepter ».

Du côté de la majorité présidentielle, la lecture est tout à fait différente : « Les députés, élus du peuple, jettent un regard rétrospectif sur ce qui a été accompli en 60 ans et ils ont identifié un des enfants du pays qui a consacré le plus clair de son temps à défendre l’intégrité du Tchad, la sécurité de nos concitoyens, donc ils ont décidé de l’élever à la dignité de maréchal, le jour des 60 ans de notre pays. C’est symbolique, pour lui dire : nous sommes fiers de votre engagement pour assurer l’intégrité de notre territoire et la défense de nos concitoyens », a rétorqué Jean-Bernard Padaré, porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir.

La décision d’honorer le chef de l’Etat a été votée par l’Assemblée nationale, le 26 juin dernier. Déjà en ce moment, l’opposition fulminait tandis que la majorité jubilait. Pour Saleh Kebzabo, le titre de maréchal rappelle un passé sombre du continent : « Quand on entend ce titre de maréchal, ça fait sourire, ça ne fait pas rire. Ce n’est pas au goût du jour ni du temps. Quand vous dites maréchal aujourd’hui en Afrique, on pense à Bokassa, on pense à Idi Amin, on pense à Mobutu, personnages loufoques. Mais malheureusement pour nous, le parti au pouvoir démontre que le Tchad est à ce niveau parce que le Président Déby, chef des armées, n’a pas besoin d’un autre titre, fut-il honorifique », avait alors déclaré l’opposant.

Réplique du côté de la majorité où on avait même justifié la décision : « C’est une élévation consacrée, prévue dans nos textes. Il n’est pas maréchal dans l’armée, ce n’est pas un grade, c’est une dignité par rapport à tout son parcours », s’était réjoui Jean-Bernard Padaré.