Tchad : Mahamat Idriss Déby : l’exemplaire transition tchadienne

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Sous la houlette du chef du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Déby, le Tchad poursuit sa transition vers un régime civil, plus de 6 mois après la mort de l’ancien président Idriss Déby. Une approche inclusive qui tranche avec le cas malien, où la junte s’enfonce chaque jour dans l’isolement diplomatique. Au Tchad, en revanche, Mahamat Idriss Déby multiplie les signes d’ouverture à destination de l’opposition politique et des groupes armés, désormais disposés au dialogue.

La nomination d’un parlement, préalable nécessaire à la transition démocratique

18 mois. C’est la durée que s’est donnée Mahamat Idriss Déby pour conduire la transition vers un régime civil. Le vendredi 24 septembre, une nouvelle étape a été franchie avec la nomination, par un décret de Mahamat Idriss Déby, d’un parlement provisoire de 93 membres, supposé refléter la diversité de la vie politique et sociale tchadienne. Son rôle ? « Faire office d’Assemblée nationale (…) intérimaire le temps que les institutions légales de la République soient restaurées », affirme un communiqué officiel tchadien. Ouvertes le 6 septembre, les candidatures pour intégrer le parlement de transition ont permis de renouveler — en partie — le personnel politique tchadien. En tout et pour tout, les 93 membres du parlement provisoire tchadien sont issus de 12 composantes, comprenant notamment les partis de l’ancienne Assemblée nationale, des membres de nouveaux partis, des représentants des forces de défense et de sécurité, des personnalités issues de la société civile ou encore des personnalités issues des autorités traditionnelles.

Forte intégration des femmes et de l’opposition

Premier enseignement, le parlement de transition fait la part belle aux femmes, qui composent un tiers de son effectif. « Les femmes notent un pourcentage le plus élevé depuis 1960 au Tchad. Nous y arriverons bien avec la parité 50/50 » s’est ainsi félicitée Amina Priscille Longoh, ministre de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’enfance. Second enseignement, l’opposition est loin d’être absente de cette nouvelle institution. La liste du parlement provisoire fait ainsi apparaître quelques grands noms de l’opposition historique tchadienne avec, par exemple, Romadoungar Félix, l’un des principaux chefs de file de l’opposition parlementaire sous Idriss Déby Itno. « Nous entendons jouer notre rôle en soulevant les aspects qui nous tiennent à cœur », affirme quant à lui Théophile Bongoro, un jeune opposant du CNT, nouveau venu sur la scène politique nationale.

Parmi ses prérogatives, les membres du CNT auront notamment le droit d’interpeller le gouvernement par le biais de questions écrites ou orales, auxquelles les ministres seront tenus de répondre. Épine dans le pied du Conseil militaire de transition, le refus ferme de la coalition d’opposition Wakit Tama de prendre part à la transition civile. Depuis la mise en place du CMT, la coalition Wakit Tama boycotte systématiquement les tentatives de dialogue et de rapprochement initiés par le gouvernement provisoire. Une posture de refus radical qui irrite le pouvoir en place. « La volonté du gouvernement est que chaque Tchadien s’y sente représenté et donc pleinement concerné par le dialogue inclusif à commencer par sa préparation », a rappelé Albert Pahimi Padacké, Premier ministre du gouvernement de transition, en juillet dernier.

Les groupes rebelles prêts à discuter

En parallèle de l’installation d’un parlement de transition, la préparation du dialogue national, prévu par la charte de transition, avec l’ensemble des forces politiques du pays suit son cours. Et, là encore, le Conseil militaire de transition multiplie les signes d’ouverture à l’ensemble des forces de l’opposition. « Avoir la majorité de Tchadiens au sein du dialogue aujourd’hui pour moi est un acquis » a affirmé, en octobre dernier, Albert Pahimi Padacké, appelant même les groupes politico-militaires à participer au cadre de dialogue, à la seule condition qu’ils s’inscrivent dans une démarche pacifique. « L’objectif n’est pas de replonger notre pays dans la guerre. Et donc, pour fixer les modalités de participation de ces politico-militaires à ce dialogue inclusif, un comité va discuter avec eux de sorte que leur participation génère la paix et non la guerre », poursuit Albert Pahimi Padacké.

Nouvelle victoire symbolique pour le CMT, les principaux groupes rebelles tchadiens ont d’ailleurs affirmé, mardi 2 novembre, être « disposés » à participer au dialogue national, à la suite de deux rencontres techniques menées à Doha et Paris avec des représentants du régime. En signe d’apaisement et pour les encourager au dialogue, Mahamat Idriss Déby s’était en effet engagé à répondre à certaines exigences des groupes armés, notamment « des actions concrètes en matière d’amnistie, de libération des prisonniers de guerre, de restitution des biens et de réinsertion professionnelle ». Sauf revirement des mouvements armés, la mission est pour l’instant réussie.

Toujours reconnu comme légitime par l’Union africaine et la plupart des pays de la région, mais aussi l’Union européenne, le Conseil militaire de transition semble, pour le moment, répondre aux attentes de transition placées en lui. Avec, toujours pour objectif, de garantir au peuple tchadien des élections libres et démocratiques à la fin de l’année 2022, au plus tard. Une situation qui tranche avec le Mali où, après deux coups d’État, l’instabilité persiste toujours dans le pays, notamment dans les zones rurales où les violences armées mettent le pays à feu et à sang.