Tchad : les viols augmentent fortement dans les camps de réfugiés

Dans un rapport rendu public mercredi, l’Ong tire la sonnette d’alarme sur l’augmentation des cas de viols dont sont victimes les femmes et les jeunes filles, majoritaires dans les camps de réfugiés de l’est du Tchad. Profitant de la lenteur judiciaire, les coupables continuent de sévir.

Insécurité et impunité règnent sans partage dans les camps de réfugiés de l’est du Tchad. C’est ce qui ressort du rapport d’Amnesty International intitulé « Il n’y a pas de place pour nous ici, Violences contre les réfugiées dans l’est du Tchad », publié mercredi. L’une des plus graves formes de violences listées dans le rapport concerne les viols de femmes et de jeunes filles.

Avant, c’est lorsqu’elles sortaient des camps qu’elles se faisaient avoir. Désormais, les femmes sont aussi violées à l’intérieur des campements. « Il est notoire que les femmes qui s’aventurent à l’extérieur des camps de réfugiés pour aller chercher du bois ou de l’eau s’exposent à des harcèlements ou à des viols, explique Tawanda Hondora, Directeur adjoint du programme Afrique d’Amnesty International. Ce que l’on sait moins c’est que ces femmes ne sont guère plus en sécurité à l’intérieur des camps ».

Le document rapporte ainsi les témoignages d’une dizaine de femmes agressées dans les camps de Gaga, Bredjing et Farchana. Certaines des victimes ont déjà subi des maltraitances au Darfour dans le Soudan voisin, avant de se réfugier au Tchad. « Le cauchemar continue dans les camps de réfugiés du Tchad, où les femmes vivent avec la peur quotidienne d’être violées », indique le rapport. Déplacée dans le camp de Gaga depuis six ans, Mariam raconte avoir été violée en avril dernier par un de ses collègues, salarié comme elle d’une ONG. Épouse violée par un policier, écolière victime de son instituteur, femme agressée par un membre de sa famille, les situations se déclinent à profusion. « Une femme n’est en sécurité nulle part dans un camp de réfugié », résume un travailleur humanitaire cité par le rapport.

Des crimes restés impunis

Les victimes déposent rarement plainte contre leurs agresseurs. Elles craignent les représailles ou tout simplement l’opprobre social. Elles parlent encore moins facilement du traumatisme qu’elles ont vécu, ce qui rend impossible l’évaluation exacte de leur nombre.

Autre facteur dissuasif, la justice tchadienne qui tarde à lancer la procédure judiciaire lorsqu’une plainte est enfin déposée. « Il n’existe aucun dispositif judiciaire tchadien dans les camps, ce qui oblige le requérant à se rendre dans une ville, explique Christian Mukosa, un des auteurs du rapport. Or, en cas de recours, la justice tchadienne fait traîner le dossier… Un vrai manque de volonté politique », se plaint-il. Conséquence, les responsables errent dans la nature, en toute impunité.

« Nous demandons le soutien du gouvernement tchadien, des Nations Unies [[Les Nations Unies possèdent déjà une mission : la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT), déployée dans l’est du Tchad depuis septembre 2007. Son mandat consiste notamment à protéger les réfugiés.]], qui doivent renforcer la sécurité dans les camps et offrir la protection nécessaire à ces femmes », plaide Christian Mukosa.

Dans l’est tchadien, les femmes forment la grande majorité des 260 000 personnes se trouvant aujourd’hui dans les camps.