Tchad : le scandale des abus sexuels chez MSF ébranle la confiance humanitaire


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Drapeau de MSF
Drapeau de MSF

Médecins sans frontières a annoncé le licenciement de 18 membres de son personnel au Tchad, à la suite d’une enquête interne sur des accusations d’exploitation, d’abus et de harcèlement sexuels visant des réfugiées soudanaises dans l’est du pays. L’affaire interroge la capacité même des organisations de secours à protéger des populations qui dépendent d’elles pour survivre.

Le choc frappe au cœur d’un espace censé offrir protection et soins. Dans l’est du Tchad, où des centaines de milliers de Soudanais ont trouvé refuge depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, plusieurs femmes réfugiées ont signalé, fin 2024, de graves accusations d’exploitation et d’abus sexuels impliquant du personnel de Médecins sans frontières. Les faits se seraient déroulés en 2024 et 2025 et concernent principalement les camps d’Adré, d’Aboutengué et de Metché.

Après plusieurs mois d’investigations, MSF affirme avoir recensé 59 allégations de comportements abusifs. Elles concerneraient des employés sous contrat, travailleurs journaliers, prestataires extérieurs ou fournisseurs. Toutes les accusations n’ont pas pu être vérifiées. Lorsque des faits graves ont été établis, l’ONG dit avoir pris des mesures disciplinaires immédiates. Parmi les victimes figureraient des femmes mais aussi des jeunes filles mineures.

Dix-huit renvois et une interdiction de retravailler pour MSF

Au total, 18 membres du personnel ont été licenciés, qu’ils soient locaux ou étrangers. Ils sont désormais interdits de toute nouvelle collaboration avec l’organisation. MSF reconnaît une « grave violation » de ses valeurs et de ses responsabilités, et présente ses regrets aux survivantes. À ce stade, l’ONG n’a pas communiqué sur d’éventuelles poursuites judiciaires.

Selon l’Associated Press, qui dit avoir eu accès à un document interne, certaines accusations évoqueraient des rapports sexuels imposés ou obtenus en échange d’aide, de nourriture, d’argent ou d’un accès à un emploi. L’agence évoque aussi des indices de trafic sexuel organisé dans certains cas d’exploitation répétée, une piste que MSF n’a pas confirmée publiquement. L’organisation, de son côté, refuse de détailler les cas individuels, invoquant la confidentialité, la sécurité et la protection des survivantes.

MSF indique avoir proposé un accompagnement aux personnes identifiées, soutien médical, psychologique, juridique ou autre forme d’assistance. Dans les provinces orientales du Tchad, la pression sur l’eau, la nourriture, les soins et les abris rend les populations étroitement dépendantes des dispositifs humanitaires.

Une crise de confiance pour tout le secteur humanitaire

Les conséquences dépassent le seul cas de MSF. Dans une zone où l’accès à l’aide peut conditionner la survie, toute suspicion d’abus de la part de travailleurs humanitaires fragilise la parole des ONG, décourage les dénonciations et nourrit la défiance des communautés. Plusieurs organisations ont d’ailleurs été confrontées à des scandales comparables ces dernières années, conduisant le secteur à durcir ses dispositifs de signalement et de protection.

MSF annonce avoir renforcé ses procédures de recrutement, la vérification des références, l’identification du personnel, ses mécanismes de plainte et les ressources dédiées à la protection. Ces mesures paraissent indispensables, mais leur portée réelle ne pourra être jugée que dans la durée.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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