
Quelques jours après les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Tchad a annoncé son retrait du Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Si N’Djamena justifie sa décision par les critiques récurrentes adressées à la juridiction internationale, un élément retient l’attention. Les autorités tchadiennes ont en effet, révélé que les États-Unis avaient invité le pays à réexaminer son adhésion à la CPI.
Le gouvernement tchadien a annoncé, lundi 27 juillet, avoir officiellement notifié au secrétariat général des Nations unies sa décision souveraine de se retirer du Statut de Rome et, par conséquent, de la Cour pénale internationale (CPI).
Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement tchadien explique que cette décision est le résultat d’un « examen approfondi » du fonctionnement de la CPI depuis sa création en 2002. N’Djamena estime que le bilan de l’institution demeure limité et dénonce une justice « à géographie variable », accusée de concentrer une grande partie de ses procédures sur les pays du Sud, en particulier ceux du continent africain.
Les autorités tchadiennes évoquent également une « instrumentalisation politique » de la Cour, une critique déjà formulée à plusieurs reprises par plusieurs États africains.
Une demande américaine qui interpelle
Au-delà des arguments avancés par le gouvernement, un autre élément retient l’attention. Quelques jours avant l’annonce officielle, le ministère tchadien des Affaires étrangères avait rendu compte d’un entretien téléphonique entre son chef de la diplomatie et le sous-secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines.
Selon le communiqué publié à l’issue de cet échange, le responsable américain a demandé au gouvernement tchadien de reconsidérer son adhésion au Statut de Rome. Washington y exprimait ses préoccupations concernant le fonctionnement de la Cour et souhaitait voir N’Djamena réexaminer sa position.
Si les autorités tchadiennes n’affirment pas que leur décision résulte directement de cette démarche américaine, la proximité entre les deux événements alimente les spéculations sur une possible influence diplomatique des États-Unis.
« Les deux diplomates ont également échangé sur la Cour pénale internationale (CPI). À cette occasion, la partie américaine a exprimé ses préoccupations quant au fonctionnement de cette institution et souhaité un réexamen par le Tchad de son adhésion au Statut de Rome. Le Ministre d’État a rappelé que le Tchad partage certaines préoccupations relatives au fonctionnement et à la sélectivité de la Cour, tout en réaffirmant son attachement aux principes de souveraineté des États. Il a indiqué que cette requête serait examinée par les autorités compétentes », indique le communiqué publié le jeudi 23 juillet 2026.
Une dynamique régionale
Le retrait du Tchad intervient également dans un contexte africain marqué par une remise en question de la CPI.
Quelques jours auparavant, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avaient eux aussi annoncé leur retrait de la juridiction internationale. Les dirigeants de l’AES dénoncent une institution qu’ils jugent partiale et insuffisamment respectueuse de la souveraineté des États.
En rejoignant cette dynamique, le Tchad renforce le mouvement de contestation de la CPI sur le continent, même si N’Djamena ne fait pas partie de l’AES.
Le contexte de la guerre au Soudan
Cette décision intervient également alors que le Tchad fait l’objet d’une attention particulière en raison du conflit qui ravage le Soudan voisin.
Certaines organisations nationales et internationales accusent les autorités tchadiennes d’apporter un soutien au général Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemetti », chef des Forces de soutien rapide (FSR), mises en cause pour de graves violations des droits humains. Le gouvernement tchadien rejette régulièrement ces accusations.




