Tchad : le chef de la rébellion désavoué

Plus de trois mois après l’échec de sa tentative de putsch, et au moment où le président Deby organise à N’Djamena un dialogue avec des opposants qui ne représentent qu’eux-mêmes, le Front uni pour le changement (FUC) est en plein doute. Sa reconstruction, si elle intervient, pourrait se faire sans le chef de la coalition armée, Mahamat Nour, remis en question pour son absence d’envergure et de vision et accusé d’avoir fait assassiner des collaborateurs trop critiques.

Que reste-t-il du Front uni pour le changement démocratique (FUC) ? Trois mois après l’échec de l’offensive de la coalition rebelle tchadienne, Fathi Hamid, membre du FUC, va jusqu’à se demander « si l’intervention française, le 13 avril, n’a pu sauver les Tchadiens d’un criminel dangereux ». Deux de ses proches parents, eux-mêmes officiers dans la coalition de mouvements armés tchadiens, ont été assassinés la semaine passée sur ordre de Mahamat Nour, le chef du RDL (Rassemblement pour la démocratie et les libertés) et du FUC, selon des sources internes à ce mouvement. Les deux frères de Mahamat Nour, qui auraient commis le crime au Soudan, auraient été arrêtés par la sûreté soudanaise. Les adversaires du président du FUC espèrent l’organisation d’un congrès des mouvements armés dans les prochains jours afin de clarifier la situation.

A N’Djamena, le président Idriss Déby, fraîchement réélu, a ouvert vendredi dernier un « dialogue national » avec les partis politiques que l’opposition, réunie au sein de la Coordination des partis politiques pour la défense de la constitution (CPDC), boycotte.

« Pour lui, tuer, c’est comme dire bonjour »

Au lendemain de l’offensive d’avril dernier, Ahmat Yacoub, conseiller, fondateur et ex-secrétaire général du FNTR (Front national du Tchad rénové), l’un des mouvements qui composent le FUC, avait fait part à Afrik de ses doutes concernant le leadership et la stratégie politico-militaire du président de la coalition. « Il existait des dissensions entre Nour et un certain nombre d’éléments depuis janvier, mais nous ne souhaitions pas parler de ses pratiques compte tenu des aspirations du peuple tchadien au changement, explique-t-il aujourd’hui. L’échec de l’offensive menée en mai dernier a été l’occasion pour beaucoup de le découvrir. Il n’a pas appliqué la stratégie initialement adoptée avec son Etat-major, ce qui a contribué à l’échec des attaques sur Adré et N’Djamena. Il n’a toujours pas regretté la mort de son chef d’Etat Major, le colonel Mahamat Issa, ce qui est mal vu par les hommes. Il a fait assassiner les frères Abdelchakour, ce qui est très grave car ils étaient populaires auprès de l’opposition. »

Mahamat Béchir, adjoint à la représentation extérieure, a quant à lui décidé le 30 juillet de mettre fin à ses fonctions au sein du FUC en raison des « dérives totalitaires, des intimidations, des assassinats et du non respect des libertés fondamentales ». Le propre porte-parole de la coalition, Albissaty Saleh Allazam, en froid avec son président depuis plusieurs mois, ne veut plus entendre parler de ce dernier à la tête du FUC. « Mahamat Nour a un dossier très lourd en matière de crimes contre l’humanité, explique-t-il. Il a tué beaucoup de monde et m’a même menacé de mort lors d’une réunion. Pour lui, tuer, c’est comme dire bonjour. » C’est pourquoi il réclame le jugement du chef du RDL par la coalition après la tenue d’un congrès des mouvements armés.

« Nous n’avons aucune activité politique »

Pour les adversaires de Mahamat Nour, l’avenir de la coalition armée tchadienne passe par une telle réunion. Même si les avis divergent sur l’état de la coalition. Ahmat Yacoub fait état du retrait du CNT (Convention nationale du Tchad) de Jinedi, de dissensions internes au sein du FNTR, « entre politiques et militaires », et du Fidel, dont les frères Abdelchakour étaient membres. Ce que dément le Dr Albissaty. Pour lui, le seul groupe qui se soit exclu de la coalition est le RDL de Mahamat Nour : « Aucun mouvement n’a fait défection après l’attaque d’avril dernier, assure-t-il. Le FUC en tant que tel existe toujours. Les forces de Nour sont les seules à être parties et à ne pas être avec les autres ».

Comme Ahmat Yacoub, Saleh Albissaty reproche (notamment) à Mahamat Nour son manque de vision politique. « Depuis le début de l’année, j’ai essayé d’entreprendre des actions pour nous faire connaître à l’extérieur, mais il n’a jamais donné de suites. Après l’attaque de mai dernier, nous avons demandé une réunion afin de faire le bilan politico-militaire ; elle n’a jamais eu lieu. Nous n’avons aucune activité, aucune présence politique. J’ai pris les armes uniquement parce que j’ai compris qu’il n’y avait pas d’autre moyen de chasser Déby, poursuit-t-il. Mais nous n’allons pas le renverser pour mettre à sa place un groupe d’hommes qui vont mettre la pagaille. »

Aujourd’hui, le docteur assure que toutes les forces sont les bienvenues au congrès qui se prépare. « J’attends le retour des diverses tendances d’ici 48 heures concernant un projet d’exécution des objectifs que je leur ai fait parvenir », explique-t-il. Quant à Mahamat Nour, des sources internent au FUC le disent en disgrâce avec Khartoum, notamment après l’assassinat de Mahamat Abdelchakour, qui disposait de la nationalité soudanaise et aurait travaillé, comme lui, avec la sûreté nationale soudanaise. Il aurait déjà entamé des discussions téléphoniques directement avec Idriss Déby, depuis Hadjer Marfaïne, où il s’est installé ave ses troupes après avoir quitté Moudeïna. Afrik n’a pu joindre, mardi, le porte-parole du RDR.