Tchad : la croisade des jeunes messagers de la paix

Les organisations de jeunes Africains du centre du Continent sont réunies jusqu’à vendredi au Cameroun pour un forum dédié au renforcement de leurs techniques de construction de réseau. L’occasion de découvrir des initiatives originales, comme celle des Mouvements d’action des jeunes tchadiens. Sa présidente, Gebbe Ndari, explique comment son ONG lutte pour la résolution des conflits.

L’avenir de la jeunesse d’Afrique centrale s’organise au Cameroun. Quelque 70 filles et garçons de dix pays de la région participent depuis mardi, et jusqu’à vendredi, à un forum destiné à renforcer les capacités de leurs organisations dans la construction de réseaux. Des responsables de ministères de la Jeunesse, des représentants du système des Nations Unies, des ONG, des bailleurs de fonds et des diplomates assistent également à la rencontre, où de nombreux projets novateurs sont présentés. A l’image de ceux de l’ONG Mouvements d’action des jeunes tchadiens, nés en août 2004 au sein de l’Association tchadienne pour le bien-être familial. Gebbe Ndari, sa présidente de 22 ans, revient sur ses actions menées en matière de lutte contre les conflits et le VIH/sida.

Afrik.com : Pourquoi assistez-vous à ce forum ?

Gebbe Ndari :
Mon pays m’a envoyée pour défendre les intérêts des jeunes et faire entendre leur voix. Ce matin (mercredi, ndlr), j’ai fait une présentation sur la résolution des conflits en Afrique centrale, avec témoignages et chiffres à l’appui. J’ai rencontré des gens et j’ai des parents qui ont été victimes de la guerre dans l’Est du Tchad. Personnellement, j’ai perdu une sœur à Goz Beida. Les rebelles n’arrêtaient pas de s’en prendre à sa maison et un jour elle a pris une balle perdue alors qu’elle était sur sa véranda. C’était en 2006, elle avait une trentaine d’années et était institutrice.

Afrik.com : Quel message avez-vous voulu faire passer ?

Gebbe Ndari :
Que les jeunes ont vraiment peur. Ils vivent avec la peur, la psychose, que la guerre va éclater. Ce débat revient dans toutes les discussions, dans les écoles, la rue, les églises, les mosquées…

Afrik.com : Quels sont les objectifs des Mouvements d’action des jeunes dans la résolution des conflits ?

Gebbe Ndari :
Nous avons constaté que les jeunes ne sont pas pris en compte dans la résolution des conflits alors qu’ils sont les futurs cadres du pays. Mais ils doivent être impliqués car demain ce sont eux qui devront gérer ces problèmes. C’est pourquoi nous voulons mettre sur pied un forum d’expression et d’intégration des jeunes dans les systèmes de gouvernance. Nous sommes en parfaite collaboration avec les ONG, le système des Nations Unies, qui nous apportent un appui financier, matériel et humain.

Afrik.com : Que dites-vous aux leaders pour mettre fin aux conflits ?

Gebbe Ndari :
Nous leur disons que la guerre ne résout pas un problème. Si elle le pouvait, nous serions le pays le plus développé au monde ! Nous sommes les plus pauvres alors que nous exportons du pétrole, c’est que la guerre n’a rien de bon.

Afrik.com : Quelles actions concrètes prenez-vous pour lutter contre les conflits ?

Gebbe Ndari :
Notre association a des pairs éducateurs sur le terrain qui essayent de travailler avec les réfugiés et les déplacés. Ils font de la sensibilisation contre le VIH et la santé reproductive ainsi que pour la paix et l’amour entre les peuples.

Afrik.com : N’est-ce pas dangereux pour vos pairs éducateurs de sensibiliser dans les camps ?

Gebbe Ndari :
Il y a une certaine instabilité mais quand la sécurité est un minimum assurée par la présence de militaires, nous partons du principe qu’ils ne risquent rien. Mais il arrive que nos pairs soient violentés par des réfugiés ou des inconnus qui infiltrent le camp.

Afrik.com : Pourquoi des réfugiés s’en prennent-ils à vos pairs éducateurs ?

Gebbe Ndari :
Parfois, la communication passe mal quand ils annoncent d’emblée à une personne qu’elle doit faire un test de dépistage du VIH ou qu’elle est séropositive.

Afrik.com : Quelles autres activités mènent les Mouvements d’action des jeunes ?

Gebbe Ndari :
Nous plaidoyons auprès des leaders religieux et politiques et nous menons des campagnes en milieux scolaire et parmi les réfugiés contre les pratiques traditionnelles néfastes.

Afrik.com : Les autorités vous suivent-elles dans vos actions ?

Gebbe Ndari :
Elles écoutent, mais nous voulons que leur écoute prenne la forme d’une action. Elles ne traînent pas vraiment mais il faut leur forcer la main.

Afrik.com : Quel bilan feriez-vous de vos actions, après un peu plus de deux ans d’existence ?

Gebbe Ndari :
Il est positif car nous avons de l’influence sur les leaders auprès desquels nous faisons notre plaidoyer. Nous avons aussi réussi à changer les comportements des jeunes concernant le VIH et à changer les mentalités des jeunes victimes de la guerre. Nous les amenons à croire que, même s’ils ont été victimes de la guerre, ils doivent croire en l’amour, en le fait qu’ils sont cultivés… Avec notre action, ils ont abandonné leur idée de vengeance et sont aujourd’hui de véritables ambassadeurs de la paix.