Tchad : la Banque mondiale rend les armes

La sanction vient de tomber. Lassée par le non-respect des accords sur l’utilisation de ses revenus pétroliers, la Banque mondiale a supprimé, mercredi, son aide à l’infrastructure pétrolière tchadienne. Cette rupture laisse le champ libre au président Idriss Deby Itno qui peut désormais disposer des fonds comme il l’entend. Et ce, comme l’ont affirmé ses opposants, non pas « pour financer la santé ou l’éducation » mais « à des fins militaires ».

Le divorce est entamé. La Banque mondiale a supprimé, mardi, son aide aux infrastructures pétrolières. Selon l’institution financière qui a publié un communiqué de presse, « le Tchad n’avait pas mis en œuvre des conditions clés (…), n’avait pas alloué des ressources adéquates vers les secteurs critiques à la réduction de la pauvreté ». Une situation intolérable pour la Banque mondiale qui a décidé de ne plus soutenir le projet d’oléoduc de 1000 km reliant le site au terminal camerounais de Kribi, sur la côte du Golfe de Guinée. Ce pipeline avait été financé par la banque européenne et un consortium de compagnies pétrolières contre l’engagement du Tchad à affecter 70% à la réduction de la pauvreté.

Idriss Deby « détourne l’argent du pétrole » tandis que « la population paie », a affirmé mercredi à l’AFP Mahamat Nouri, le principal chef rebelle. Il a déclaré qu’« Idriss Deby Itno n’avait respecté aucun engagement avec la Banque (mondiale) ». « Détournement, pillage de l’argent du pétrole, utilisation à des fins militaires (…). Tout cela a contraint la Banque à se retirer », a-t-il précisé. « La population paie depuis longtemps les détournements du clan Deby (…). Il (le clan) a des comptes à l’étranger, ils ont acheté des villas en Afrique du Sud, en Europe », a ajouté M.Nouri.

Une décision « consensuelle » loin d’être « une apocalypse »

La mesure de rupture n’a pourtant pas affecté outre mesure le gouvernement de N’Djamena. Ousmane Matar Brene, le ministre tchadien de l’Economie et du Plan, a parlé de décision « consensuelle » loin d’être « une apocalypse » pour un pays qui produit 170 000 barils par jour et reçoit environ 750 millions de recettes par an grâce à la production de pétrole. La priorité semble être à l’armement, dans un pays où les attaques rebelles se succèdent. « Le gouvernement a pris des dispositions pour assurer les fonctions régaliennes : sécurité et souveraineté nationale ». « Depuis 2006 nous avons vécu un contexte particulier qui a impacté sur le budget général », a expliqué, mercredi, le ministre tchadien à l’AFP.

Interrogé par l’AFP sur leur responsabilité dans la hausse des dépenses militaires de l’Etat, le chef rebelle Mahamat Nouri a estimé que « la rébellion avait eu lieu à cause de la mauvaise gouvernance ». « La Banque mondiale ne fait que consacrer une situation de fait. On ne peut que déplorer que le principal partenaire du projet pétrolier soit aujourd’hui jeté par la fenêtre comme un malpropre », a commenté à l’AFP Saleh Kebzabo, porte-parole adjoint de la coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPFC, opposition). « Cela indique que Déby peut désormais disposer des revenus pétroliers à sa guise », a-t-il conclut.