Tchad : l’école à dos de chameau

Les maîtres d’école tchadiens vont reprendre le chemin de la transhumance. Face à une fréquentation scolaire très basse, le gouvernement a décidé de développer les écoles nomades. Si les petits Tchadiens ne vont pas à l’école, c’est l’école qui ira à eux.

Un chameau, un tableau, des craies, quelques livres, des ardoises et un matériel de couchage… Cet équipement pour le moins original de certains maîtres d’école tchadiens est remis au goût du jour par le gouvernement. En effet, devant les problèmes croissants que rencontrent l’éducation et la scolarisation au Tchad, le ministère de l’Education a décidé de revenir aux vieilles méthodes.

Les écoles nomades, créées en 1945 par l’administration coloniale à l’intention des enfants des nomades qui ne pouvaient suivre une scolarisation classique, ont été balayées par la guerre civile des années 70.  » Les écoles nomades existent à très petite échelle dans la région du Ouaddaï (à l’est du pays, à la frontière avec le Soudan, Ndlr), mais nous pensons les développer dans le reste du pays « , explique Mahamat Chaltout, directeur de cabinet du ministre de l’Education.

La fréquentation scolaire au Tchad est faible : seulement 46,1% des garçons et 39,8% des filles en âge d’être scolarisés. Le nombre moyen d’élèves par classe dépasse les 60 et seul un élève sur quatre accède au cycle secondaire. Ajoutez à cela une population essentiellement rurale, l’existence de 20 groupes ethniques et de 110 dialectes, et vous comprendrez pourquoi l’école nomade apparaît comme essentielle dans certaines régions du pays.

L’école dans un hangar

 » Les professeurs se déplacent avec les communautés nomades. Ils transportent leur matériel par chameaux et lorsque les nomades montent leur camp, ils installent toujours un hangar dans lequel le maître donnera ses cours « , explique M. Chaltout. L’enseignement est le même que dans une école classique, mais les programmes sont rarement terminés, l’emploi du temps étant assez fluctuant.

Pour l’instant, la création d’écoles nomades à grande échelle demande un financement lourd que l’Etat n’est pas en mesure d’assumer. Une autre alternative : les centres d’alphabétisation.  » Les professeurs des centres effectuent des missions en dehors des villes pour alphabétiser les gens, mais cela touche surtout une population adulte « , note Mahamad Chaltout.

Encore faut-il trouver des professeurs, dont le système éducatif tchadien manque cruellement. Là aussi, des avancées : dans le cadre d’une coopération avec Taïwan, le Tchad a pu engager 1000 enseignants pour le secondaire depuis 1997 et 300 grâce à un partenariat avec la Libye.