Tchad : de nombreux morts dans l’attaque de villages

Plusieurs villages reculés du sud–est du Tchad, situés près de la frontière avec la région soudanaise du Darfour ont été attaqués, pillés et incendiés la semaine dernière par des hommes armés qui se déplaçaient à cheval, causant de nombreux morts et forçant des centaines de personnes à quitter leur foyer. Selon les premiers rapports reçus par les équipes de l’UNHCR dans la région, plus de 200 personnes pourraient avoir été tuées.

UNHCR, jeudi 9 novembre 2006

GOZ BEIDA, Tchad –

Après avoir reçu des informations concernant plusieurs attaques brutales dans la région, une équipe de l’UNHCR s’est rendue mercredi dans la région de Kerfi, à 40 kilomètres au sud du bureau de terrain de l’UNHCR localisé dans la ville de Goz Beida. Des habitants ont dit au personnel de l’UNHCR que les attaques avaient commencé samedi, le 4 novembre, et avaient pour le moment touché les villages de Bandicao, Badia, Neweya, Kerfi, Agourtoulou, Abougsoul et Djorlo. Des rapports indiquent que les villages de Tamadjour et Loubitegue ont été attaqués mercredi.

Plus de 1 000 personnes ayant fui quelque 10 villages de la région sont arrivées mercredi à Koukou Angarana et dans un camp de déplacés internes situé à proximité, à Habile. De nouveaux déplacés sont en train d’arriver après avoir quitté leurs cachettes dans la brousse. Habile accueille déjà 3 500 Tchadiens déplacés par la violence depuis la fin de l’an passé. L’UNHCR vérifie aussi des informations concernant de nouvelles arrivées près du camp de réfugiés de Djabal à Goz Beida, la principale ville du sud–est du Tchad.

A Genève, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a réclamé une action urgente et la mobilisation de la communauté internationale pour arrêter la violence croissante.

« Nous sommes profondément préoccupés par les brutalités dans l’est du Tchad, une région qui lutte déjà pour s’occuper de plus de 218 000 réfugiés soudanais originaires du Darfour voisin », a t il dit. « Depuis des mois, nous prévenons que le conflit au Darfour menace de déstabiliser l’ensemble de la région et nous soutenons les appels lancés pour une présence internationale dans l’est du Tchad et pour que le Tchad fournisse des efforts plus importants afin de maintenir la sécurité dans cette zone. »

En août dernier, la résolution 1706 du Conseil de sécurité des Nations Unies a appelé au déploiement d’une présence onusienne multidisciplinaire au Tchad et en République centrafricaine.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés craint que la dégradation de la situation sécuritaire à l’est n’affecte ses opérations humanitaires.

Alors que les équipes de l’UNHCR dans le sud–est du Tchad continuent à réunir des informations, les premiers rapports indiquent qu’au moins 220 personnes auraient été tuées lors de cette série d’attaques et des dizaines d’autres blessées. La plupart des blessés se trouvent encore dans leurs villages ou à proximité, car ils ne disposent d’aucun moyen de transport pour se rendre aux centres de santé les plus proches, dans le village de Kerfi et à Goz Beida.

Le chef du bureau de l’UNHCR à N’djamena, la capitale tchadienne, voyage aujourd’hui dans la région, avec d’autres membres de l’UNHCR, du personnel d’agences de l’ONU et des fonctionnaires tchadiens. Ils se rendront à Goz Beida et Koukou afin d’évaluer les besoins des nouveaux déplacés.

Une équipe de l’UNHCR s’est rendue dans le village de Djorlo mercredi. Elle a trouvé l’essentiel du village encore fumant après qu’il ait été attaqué et brûlé mardi matin par quelque 200 hommes à cheval.

Les survivants ont indiqué à l’UNHCR que des tribus arabes voisines avaient attaqué Djorlo, tuant 36 personnes et en blessant 22 autres sur un village de 800 habitants. Ces derniers ont expliqué que certains des attaquants s’étaient installés dans des arbres pour tirer sur les villageois. Les blessés ont dû attendre l’après–midi pour être transportés en ambulance à l’hôpital de Goz Beida ; les morts ont été enterrés dans quatre fosses communes.

Les employés de l’UNHCR ont indiqué avoir trouvé les villageois en état de choc, des hommes et de jeunes garçons errant parmi les destructions, armés d’arcs, de flèches et pour certains d’épées. Ils tentaient de sauver ce qui pouvait encore l’être des cendres et des décombres.

L’an passé, environ 63 000 Tchadiens ont été déplacés par des violences interethniques dans l’est du Tchad.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés assiste 15 000 réfugiés du Darfour dans le camp de Djabal, près de Goz Beida, ainsi que 18 000 réfugiés dans le camp de Goz Amer, près de Koukou. Au total, l’UNHCR et ses partenaires aident 218 000 réfugiés dans 12 camps à l’est du Tchad.