Tchad/Centrafrique : la France comble les vides pour déployer l’Eufor

Après des semaines de blocage, le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy a autorisé, jeudi, le ministre français de la défense « à mettre sur la table des moyens militaires supplémentaires pour constituer la force européenne ». Le déploiement de cette force baptisée Eufor Tchad-RCA avait été retardé en raison de l’incapacité des pays de l’UE à dégager de l’équipement aérien.

On ne l’espérait plus. La force européenne baptisée Eufor Tchad-RCA était depuis plusieurs mois au point mort. Approuvée en septembre dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU, cette force de 3 500 hommes commandée par le général irlandais Patrick Nash aurait dû être déployée dès novembre 2007 pour protéger les 240 000 Soudanais venus se réfugier dans l’est du Tchad et le nord est de la Centrafrique. Mais son déploiement a été retardé par l’incapacité ou le manque de volonté des pays de l’Union européenne à dégager des moyens aériens – une dizaine d’hélicoptères et quatre avions de transports tactiques – nécessaires à ses mouvements à l’intérieur de la zone où elle doit patrouiller.

La dominante française

Un problème que la France se charge de résoudre puisque le président français Nicolas Sarkozy a annoncé, jeudi, que l’Hexagone fournirait l’équipement militaire qui lui faisait défaut. Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a par la suite annoncé à l’AFP que « la France est prête à proposer des moyens supplémentaires pour combler les lacunes, notamment en matière de soutien, avec des effectifs qui pourraient atteindre 2 100 hommes, soit 50 à 60 % des effectifs de l’Eufor Tchad-RCA ».

Parmi les moyens supplémentaires fournis par Paris, le porte-parole de la Défense française Laurent Teissère a indiqué qu’il pourrait s’agir « d’unités de soutien logistique », d’hélicoptères et d’avions de transport, sans en préciser le nombre. Surtout, la contribution de la France va passer de 1 350 à 2 100 hommes sur les 3 700 soldats prévus. Cette forte coloration française risque de poser un problème.

Déjà présente au Tchad depuis 1986 avec le millier de militaires de la force Epervier, la France ne voulait pas être sur-représentée au sein de l’Eufor Tchad-RCA, pour éviter tout soupçon de partialité. Des parlementaires et des ONG avaient récemment exprimé leurs craintes sur une possible confusion entre la mission européenne normalement neutre et la force Epervier, qui a aidé l’armée tchadienne à contenir les groupes rebelles hostiles au président Idriss Déby Itno.

La France n’a pu obtenir de ses partenaires qu’ils assument une plus grande part des coûts que les 10 à 15% mis en pot commun et auxquels correspondent les 100 millions d’euros prévus pour financer l’opération. Un manque d’investissements dont on ne comprend pas les raisons. L’affaire de l’Arche de Zoé aurait-elle porté un frein au déploiement de la force européenne ? Les pays engagés devront, vendredi, annoncer leur contribution à cette mission de protection des réfugiés soudanais au Darfour. Affaire à suivre…

Droits photo : UNHCR/H. Caux