Taxis surchargés : la pratique a la vie dure au Togo

En Afrique de l’Ouest, l’usage veut souvent que les taximen, pour gagner davantage, remplissent trop leurs véhicules de passagers. C’est le cas au Togo où il n’est pas rare de se retrouver assis à quatre derrière, et à deux à l’avant, à côté du chauffeur. Cela, malgré le décret d’avril dernier interdisant cette pratique. Reportage.

«La surcharge » ? C’est le nom commun utilisé par toute la population pour désigner les taximen qui prennent quatre personnes à l’arrière de leur voiture, au lieu de trois, et deux à l’avant, au lieu d’un client. Depuis le 13 avril dernier, le gouvernement a fait passer un décret interdisant cette pratique sous peine d’amende. Une façon de faire cesser cet usage. Pourtant, malgré la loi, les clients constatent que rien n’a changé.

La pratique est tellement entrée dans les mœurs que même certains Togolais la défendent. « Je les comprends ! Ils doivent souvent rembourser les propriétaires du véhicules qu’ils conduisent, n’en étant pas eux-mêmes les propriétaires », explique Rolland qui s’apprêtait à sauter dans un taxi pour la proche banlieue de Baguida. Mais il avoue tout de même : « On souffre souvent du dos, des bras et des jambes lors des surcharges et lorsqu’on arrive à destination on a mal partout. » Un autre passager, le quatrième à l’arrière d’une voiture, s’exprime : « Souvent, on n’a pas vraiment le choix et on souhaite se déplacer rapidement alors on prend le premier taxi qui passe. Et tant pis pour la surcharge ! »

Pourtant, la plupart s’en plaignent. C’est le cas de cette dame en pagne vert qui attend sur le bord de la voie avec ses deux bambins. « Même lorsqu’on a des enfants, les chauffeurs nous installent à quatre derrière et deux devant. Donc, on prend nos enfants sur nos jambes. Mais les petits ne sont pas à l’aise et ont l’habitude de pleurer », raconte cette mère de famille.

Une pratique très ancrée

Si la plupart des chauffeurs reconnaissent que les surcharges ne sont pas une bonne chose pour leurs passagers, ils la justifient cependant par le manque de moyens des personnes qui empruntent leurs véhicules. « La plupart demandant des faveurs lorsqu’on leur annonce nos tarifs », explique Thierry, chauffeur de taxi rencontré à la plage. « C’est gênant lorsqu’ils nous supplient et insistent, donc on accepte souvent. Pour pallier ce manque à gagner, nous sommes obligés de pratiquer la surcharge », assure t-il. Les clients, eux, affirment qu’ils payent souvent les prix demandés car les négociations n’aboutissent plus comme autrefois, à cause de la récente hausse des prix du carburant à la pompe.

D’autre part, les professionnels avancent une autre raison. Ils déplorent le rapt qui a cours sur les routes par les forces de l’ordre. « Les 1000 francs que nous donnons chaque jour aux policiers nous handicapent financièrement », précise Kokou, chauffeur de taxis depuis sept ans. « Ils nous font comprendre que cette somme est retenue parce que les documents de la voiture ne sont pas à jour. Pourtant, même quand c’est le cas, ils prennent quand même cette somme-là. Je ne comprends plus rien », ajoute t-il, résigné. Pas de quoi encourager les taximen à respecter la loi…

Le décret gouvernemental n’est pas strictement respecté, et la surcharge suscite encore disputes et débats dans les transports en commun. Reste à savoir s’ils suffiront à faire disparaître cette pratique.