
Le Sénégal accélère la modernisation de son transport urbain avec l’arrivée de 100 taxis électriques à Dakar, première étape d’un programme de 1 000 véhicules. Au-delà de la transition énergétique, cette nouvelle flotte pourrait offrir une alternative structurée aux motos-taxis, dont l’usage soulève des enjeux persistants de sécurité routière, de réglementation et de professionnalisation.
À Dakar, la voiture électrique pourrait bientôt changer bien davantage que le bilan énergétique des déplacements. La réception, jeudi 24 septembre 2026, de 100 taxis électriques par le Fonds de développement des transports terrestres (FDTT) ouvre une nouvelle séquence pour la mobilité urbaine sénégalaise. Ce premier lot constitue le début d’un programme de 1 000 véhicules électriques, avec l’ambition affichée de renouveler le parc de transport public et de proposer aux usagers des solutions de déplacement plus modernes.
Une alternative aux motos-taxis
L’enjeu est aussi sécuritaire. À Dakar et dans plusieurs villes sénégalaises, les deux-roues occupent une place grandissante dans les déplacements, notamment parce qu’ils permettent de contourner rapidement les embouteillages. Mais leur développement pose la question de l’encadrement des conducteurs, de l’immatriculation, du respect du Code de la route et de la protection des passagers. Les données montrent que les accidents impliquant les deux-roues ne constituent pas un phénomène nouveau.
En 2014, la Brigade nationale des sapeurs-pompiers avait recensé 5 521 accidents impliquant des deux-roues, sur 12 547 accidents de la circulation ayant nécessité son intervention. Ces accidents avaient fait plus de 6 000 victimes. Ces chiffres sont anciens et ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer la situation actuelle, mais ils illustrent l’importance historique de la question. Dans ce contexte, le développement d’un réseau de taxis électriques peut constituer une alternative aux déplacements en moto-taxi.
1 000 taxis électriques en ligne de mire
La condition étant que les véhicules soient suffisamment nombreux, accessibles financièrement et réellement disponibles dans les zones où la demande est forte. L’électrique ne règle donc pas, à lui seul, la question des motos-taxis : il peut en revanche contribuer à offrir une solution de transport collectif individuel plus formelle et mieux identifiable. Le FDTT travaille avec la Banque pour le commerce et l’industrie (BCI) sur ce programme destiné aux professionnels du transport.
Selon les informations communiquées lors de la cérémonie, l’objectif est de mettre 1 000 taxis électriques en circulation avant la fin de 2027, pour un financement annoncé de 13 milliards de francs CFA. La BCI et le FDTT prévoient notamment la mise en circulation de 700 taxis avant la fin de 2026, puis 300 supplémentaires avant le 31 décembre 2027. Le modèle économique constitue l’un des arguments avancés en faveur de ces véhicules. Selon le porte-parole des bénéficiaires, parcourir 450 kilomètres avec les nouveaux taxis ne coûterait pas plus de 5 000 francs CFA en énergie, contre environ 30 000 francs CFA de carburant par jour pour les véhicules utilisés auparavant.
Une réponse qui devra s’accompagner de règles
Ces chiffres correspondent aux déclarations rapportées lors de la cérémonie et devront être confirmés dans la durée par l’exploitation réelle de la flotte. Pour que les taxis électriques contribuent réellement à réduire la dépendance aux motos-taxis, leur déploiement devra aller de pair avec une politique de sécurité routière et de régulation. Le Sénégal a déjà engagé des opérations d’immatriculation des deux-roues : une plateforme gouvernementale avait notamment annoncé en 2025 une période de régularisation destinée aux motos non immatriculées.
Il s’agit de construire une offre de transport fiable, identifiable et accessible, capable de répondre aux besoins de mobilité des Dakarois tout en réduisant les risques liés aux déplacements. Avec ses 100 premiers véhicules, le FDTT lance une expérimentation grandeur nature. Reste désormais à savoir si les 1 000 taxis électriques annoncés pourront atteindre une échelle suffisante pour modifier durablement les habitudes de transport à Dakar.





