
En Tanzanie, le gouvernement a suspendu pour six mois l’hebdomadaire Mwanahalisi, lui reprochant plusieurs violations de la législation sur les médias. La décision, effective immédiatement, concerne aussi bien la version papier que l’édition numérique du journal.
En Tanzanie, l’hebdomadaire Mwanahalisi fait l’objet d’une suspension pour six mois. La sanction survient après la publication, dans l’édition du 6 au 12 août, d’un article particulièrement sensible. Le journal affirmait que le Vice-président, Emmanuel Nchimbi, refusait de démissionner malgré des pressions exercées au sein du parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM). Selon Mwanahalisi, des désaccords opposaient également le Vice-président à la Présidente Samia Suluhu Hassan.
Pour les autorités, le problème est ailleurs : le journal aurait publié ces informations sans suffisamment vérifier leur véracité et sans rechercher un équilibre contradictoire. Le gouvernement lui reproche notamment de ne pas avoir sollicité Emmanuel Nchimbi avant la publication de l’article.
Une sanction plus lourde en raison de récidives
Dans son communiqué, l’administration tanzanienne chargée de l’information rappelle que Mwanahalisi avait déjà reçu un avertissement en mai pour des manquements similaires. Trois mois plus tard, une nouvelle publication litigieuse aurait donc conduit les autorités à durcir leur réponse. Le journal dispose de 30 jours pour contester la décision.
Mais l’affaire Mwanahalisi ne peut être dissociée de l’histoire mouvementée de ce journal. L’hebdomadaire avait déjà été suspendu en 2017, sous la présidence de John Magufuli, après avoir publié une lettre de lecteur jugée insultante à l’égard du Président et de son gouvernement. L’interdiction avait finalement été levée en 2022 par Samia Suluhu Hassan, avec celles visant trois autres médias.
Les espoirs d’ouverture de Samia Hassan s’étaient pourtant installés
Lorsque Samia Suluhu Hassan a succédé à John Magufuli en 2021, son arrivée au pouvoir avait suscité de réels espoirs de détente. Des restrictions visant les rassemblements politiques avaient été assouplies et plusieurs médias interdits avaient pu reprendre leurs activités. L’Union africaine avait elle-même relevé cette première période d’ouverture, marquée notamment par un assouplissement des restrictions sur les rassemblements politiques et un retour de certains opposants exilés. Mais l’organisation estimait déjà, à la veille des élections de 2025, que cette ouverture avait été de courte durée. Depuis, le climat politique s’est considérablement tendu.
Les élections générales d’octobre 2025, remportées officiellement par Samia Suluhu Hassan avec près de 98 % des voix, ont été marquées par l’exclusion de figures importantes de l’opposition, des restrictions sur les médias et des manifestations violemment réprimées. Les organisations de défense des droits humains ont dénoncé des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et un recours excessif à la force contre les manifestants. Human Rights Watch avait estimé que la répression contre l’opposition, les militants et les voix critiques s’était intensifiée dans les mois précédant le scrutin.
Un journal suspendu dans un climat déjà lourd
C’est ce contexte qui donne à la suspension de Mwanahalisi une portée qui dépasse largement le seul article consacré à Emmanuel Nchimbi. Sur le plan strictement réglementaire, les autorités soutiennent que le journal a manqué à ses obligations professionnelles et qu’une publication ne peut diffuser des accusations mettant en cause des responsables publics sans procéder aux vérifications nécessaires. Mais pour les défenseurs de la liberté de la presse, la question est plus large : jusqu’où peut aller le pouvoir tanzanien dans le contrôle de l’information lorsqu’un média enquête sur les tensions internes au sommet de l’État ?
La question se pose dans un pays où le CCM exerce le pouvoir sans interruption depuis l’indépendance en 1961. Dans un système politique où le parti au pouvoir conserve une position ultra-dominante, la presse indépendante constitue l’un des rares espaces permettant de faire entendre des informations et des analyses contradictoires. Après les violences qui ont suivi les élections de 2025 et les critiques internationales sur les libertés publiques, cette nouvelle sanction tombe donc au mauvais moment pour Dar es-Salaam, et semble confirmer le virage autoritaire du pouvoir de Samia Suluhu Hassan.





