
La crise au sommet du pouvoir tanzanien prend une nouvelle tournure. À peine Emmanuel Nchimbi avait-il annoncé qu’il démissionnerait de la vice-présidence que Chama cha Mapinduzi (CCM), le parti au pouvoir, décidait de l’exclure de ses rangs. Une sanction pour « indiscipline », selon la direction du parti, qui a dans la foulée proposé le ministre de l’Énergie, Deogratius Ndejembi, pour lui succéder.
La chronologie interpelle. Emmanuel Nchimbi avait annoncé, mardi, que sa démission prendrait effet le 4 septembre 2026, après que la Présidente Samia Suluhu Hassan eut accepté son départ. Il avait assuré vouloir rester un « bon citoyen » et expliqué sa décision par sa volonté de respecter le souhait de la cheffe de l’État. Vingt-quatre heures plus tard, le parti dont il était encore membre l’a pourtant sanctionné pour « indiscipline », à en croire Asha-Rose Migiro, secrétaire générale du CCM.
Une succession réglée en quelques heures
Le CCM n’a pas seulement sanctionné Emmanuel Nchimbi. Il a aussi rapidement préparé la suite. Son choix s’est porté sur Deogratius Ndejembi, actuel ministre de l’Énergie et député de Chamwino, dont le nom doit suivre la procédure constitutionnelle avant sa nomination effective à la vice-présidence. Cette rapidité donne à l’affaire une dimension politique particulière. Emmanuel Nchimbi quitte son poste moins d’un an après son entrée en fonction, en novembre 2025. Il avait auparavant occupé la fonction de secrétaire général du CCM et appartenait depuis longtemps à l’appareil politique du parti.
La démission du vice-président n’était pas totalement sortie de nulle part. Des divergences avaient été rapportées entre Emmanuel Nchimbi et Samia Suluhu Hassan sur des questions de gouvernance et sur la manière dont les autorités avaient géré les manifestations postélectorales de 2025. Le 24 juillet, lors de l’assemblée générale de la Coalition des défenseurs des droits de l’homme en Tanzanie (THRDC, en anglais) à Dar es-Salaam, Emmanuel Nchimbi avait émis l’idée d’une réforme constitutionnelle, une prise de position qui n’avait pas été du goût de sa famille politique.
Les propos du Vice-président avaient une résonance particulière au regard du contexte politique déjà particulièrement sensible. En effet, la présidentielle d’octobre 2025, remportée officiellement par Samia Hassan avec près de 98 % des voix, avait été suivie de violences meurtrières. Une commission d’enquête mise en place par le gouvernement a recensé au moins 518 morts, un bilan contesté par l’opposition, qui estime le nombre réel de victimes beaucoup plus élevé. Après avoir reçu le rapport d’enquête, Samia Suluhu Hassan avait appelé en avril dernier à l’apaisement.
L’image de stabilité du CCM est désormais écornée
Depuis l’indépendance de la Tanzanie en 1961, le CCM domine sans interruption la vie politique du pays. Cette longévité s’est accompagnée d’une réputation de stabilité qui tranche avec les crises politiques observées dans plusieurs autres États de la région.
L’affaire Nchimbi vient cependant fragiliser quelque peu cette image. Un Vice-président qui démissionne, presque poussé vers la sortie avant d’être exclu du parti, sur fond de désaccords supposés avec la Présidente, constitue un événement inhabituel dans un système où la discipline interne du CCM a longtemps été l’une des clés de sa solidité.
Pour l’instant, les raisons précises de la rupture restent en partie dans le flou. Mais la rapidité avec laquelle les événements se sont succédé retient forcément l’attention : démission, exclusion, succession, trois étapes franchies en quelques heures seulement. Avec la désignation de Deogratius Ndejembi, Samia Suluhu Hassan a déjà tourné la page Nchimbi.





