Tanor-Niasse : le combat des chefs

Les Sénégalais connaîtront officiellement le nom du candidat de la principale coalition d’opposition à la fin du mois d’octobre. D’ores et déjà, un face à face entre Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse se profile.

Pour les deux dirigeants historiques de l’opposition, il ne fait aucun doute. Le choix d’une candidature unique s’impose pour gagner en 2012. Néanmoins, l’entente s’arrête là. Investis tous les deux par leurs partis respectifs pour porter les couleurs de la principale coalition d’opposition, « Bennoo Siggil Senegaal » (« Pour un Sénégal debout » en wolof), aucun ne semble pour l’instant disposé à s’effacer au profit de l’autre.

Si les déclarations de candidature pour l’élection présidentielle de février 2012 se sont multipliées ces derniers mois, les Sénégalais ne connaissent toujours pas le nom du porte-étendard de l’opposition. Leur attente devrait encore durer 15 jours. En effet, la première étape du processus de désignation de ce candidat touche à sa fin. Lors d’un séminaire organisé en septembre la coalition d’opposition a décidé de créer un groupe de facilitation chargé de « recueillir les intentions des uns et des autres en vue d’un consensus sur l’équipe et le candidat ». Ce groupe de facilitation a donc fait le tour des partis membres de la coalition. Il a également rencontré le bureau des assises nationales et la coalition « Bennoo Alternative », qui compte plusieurs personnalités de la société civile. Le groupe de facilitation doit rendre compte de ses conclusions à la conférence des leaders de Bennoo le samedi 15 octobre. Il faudra ensuite attendre la fin du mois pour que le nom du candidat de Bennoo soit révélé ainsi que la constitution de son équipe.

Ces dernières semaines, l’image d’un face à face entre Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse se dessine. L’Alliance des Forces de Progrès (AFP), le parti de Moustapha Niasse, a en effet décidé le jeudi 6 octobre de proposer « par acclamation » la candidature de son patron. De son côté, Ousmane Tanor Dieng, a lui été désigné mercredi 12 octobre par le parti socialiste sénégalais à l’issue d’un processus de primaires sans grand suspens puisqu’il était le seul candidat.

Deux frères ennemis

Même si Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng se sont engagés à se retrouver pour assurer la victoire de l’opposition en 2012, leur passé commun, fait d’adversité et de méfiance, alors qu’ils étaient tous les deux des proches collaborateurs de l’ex-président Abdou Diouf, remonte parfois à la surface. « Niasse-Tanor : la bataille finale », titre ainsi en une La Tribune. « C’est une guerre froide qui oppose le leader de l’AFP au secrétaire général du parti socialiste », explique le journal. « Qui de Ousmane Tanor Dieng ou de Moustapha Niasse va ravaler ses ambitions ? », s’interroge pour sa part le quotidien Siweul.

La rivalité entre les deux anciens barons socialistes ne date pas d’hier. Niasse et Tanor se combattent depuis ce « congrès sans débat » de mars 1996. Abdou Diouf, alors aux commandes de l’État et du Parti socialiste, impose Ousmane Tanor Dieng, militant de fraîche date, au poste de premier secrétaire au détriment des historiques du parti comme Moustapha Niasse, qui préfère bouder le congrès. La suite est connue. Niasse claque la porte du PS et arrive troisième au premier tour de l’élection présidentielle de 2000 avec 16% des suffrages. En position de faiseur de roi, il décide de soutenir Abdoulaye Wade au second tour et fait perdre Abdou Diouf. C’est l’Alternance. Nommé Premier ministre de Wade, il est limogé en mars 2001. Il retrouve alors dans l’opposition celui qui a hérité du PS au lendemain de la défaite. Sept ans plus tard, n’arrivant toujours pas à faire taire leurs divergences, ils partent à l’élection présidentielle en rangs dispersés.

Querelle de personnes, la lutte pour le leadership au sein de la coalition Bennoo, est aussi le fruit d’un choc entre deux parcours qui se télescopent, deux ambitions. Fort de cinquante ans de militantisme, de sa longue expérience gouvernementale et de sa grande connaissance de l’État, Moustapha Niasse est convaincu d’être le candidat naturel de l’opposition. À 72 ans, Niasse pense aussi pouvoir jouir du droit d’aînesse. Dans la presse, il assure que ce sera « sa dernière candidature ». En face, Tanor, arrivé troisième avec 13,6 % des voix à l’élection présidentielle de 2007 derrière Abdoulaye Wade et Idrissa Seck, est persuadé d’avoir pour lui la légitimité populaire. Autre atout non négligeable pour Tanor, le parti socialiste reste de loin le parti le plus structuré et le plus ancré dans le Sénégal avec le parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir).

Parallèlement à cette « primaire » entre Tanor et Niasse pour désigner qui des deux sera le « candidat de l’unité et du rassemblement », Bennoo doit faire face à la fronde des partisans de la candidature plurielle. Trois hommes campent toujours sur leurs positions et se préparent à être candidats sous les couleurs de leur propre parti: Cheikh Bamba Dieye, jeune maire de Saint-Louis, Macky Sall, ancien Premier ministre, et Landing Savané, qui après plus de dix ans de compagnonnage avec le régime Wade a rejoint récemment l’opposition.