T216, la première tablette tactile 100% tunisienne

Quatre ingénieurs tunisiens ont eu l’audace de créer en 2011 la première tablette tactile tunisienne. Un bijou technologique entièrement conçu et fabriqué en Tunisie. Afrik.com a rencontré le directeur général de leur entreprise ARTS, Chiheb Bouattour, lors de la Convention France Maghreb, à Paris.

Il pianote sur le clavier de sa tablette tactile, qui est l’objet de curiosité de plusieurs participants présents lors de cette 12ème édition de la Convention France-Maghreb, à Paris. Lui, c’est Chiheb Bouattour. L’ingénieur tunisien de 31 ans est le directeur général de la société ARTS, qui a lancé en mars 2012 la première tablette tactile, T216, entièrement conçue en Tunisie.

ARTS, qui signifie « Après la révolution tunisienne », est un projet audacieux. Mais Chiheb Bouattour avec trois autres ingénieurs tunisiens, Oussama Makni, Moez Affes et Kais Lajmi, tous âgés de la trentaine, ont tenu à le mener jusqu’au bout. Les quatre Tunisiens n’ont pas froid aux yeux. Il fallait en effet avoir de l’audace pour oser se confronter aux géants spécialisés dans le domaine des nouvelles technologies.

Les jeunes tunisiens ont été diplômés de l’école d’ingénierie de Sfax
avant de poursuivre leurs études en France. C’est sur les bancs de la faculté de Lyon alors qu’ils effectuaient leur master qu’ils se sont rencontrés et décidés de mettre sur pied leur projet.

La tablette est fabriquée dans une usine de la localité de Ghraba, dans la région de Sfrax. Elle est vendue à 499 dinars soit 200 euros. Un prix abordable selon Chiheb Bouattour car en Tunisien un ordinateur de moyenne gamme coûte entre 350 et 400 euros. « On aurait pu proposer un produit même moins cher mais on voulait absolument une tablette de bonne qualité qui répondent aux besoins de nos compatriotes », explique-t-il.

Une tablette authentique

La tablette de 7 pouces et de troisième génération n’a rien à envier aux autres déjà commercialisées sur le marché. On y retrouve des fonctionnalités classiques d’un android. « Il y a un traitement de texte, on peut naviguer sur internet, Facebook skype », selon Chiheb Bouattour.

D’autant qu’elle a une réelle particularité, assure l’entrepreneur. T216 est équipée d’applications uniquement tunisiennes. Il est en effet possible d’apprendre l’arabe du niveau de l’école primaire, il y a aussi des jeux typiquement du pays. Selon Chiheb Bouattour, l’objectif était de mettre sur pied une tablette ludique, vivante qui n’ennuie pas les utilisateurs au bout d’une semaine d’usage ! Nous voulions que les Tunisiens se reconnaissent à travers la tablette.

D’ailleurs le nom que les ingénieurs lui ont donné n’est pas anodin. Le T 216 se lit tablette 216, qui fait référence à l’indicatif téléphonique de la Tunisie. Elle est distribuée par plusieurs opérateurs téléphoniques tunisiens et dans les grande surfaces telles que carrefour.

Un projet né après la révolution

Le projet des quatre Tunisiens est né quelques mois après le soulèvement qui a conduit à la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2011. Le pays est alors plongé dans une profonde crise. « Lorsqu’on est on rentré on s’est dit pourquoi attendre que quelqu’un nous aide pourquoi ne pas créer notre propre richesse. Pour nous, c’est aussi une façon d’aider la Tunisie à avancer ».

Tous est partie du retour de Chiheb Bouattour en Tunisie en 2011. Le jeune homme s’aperçoit que sa maman qui n’a pourtant pas l’habitude de manipuler les nouvelles technologies arrive aisément à utiliser la tablette qu’il a rapporté de France. « C’est à ce moment là que j’ai compris qu’il y avait un filon à exploiter », raconte-t-il.

« En arrivant dans le pays, on s’est rendu compte que les tablettes vendues en Tunisie étaient très chères par rapport aux moyens financiers dont disposaient les Tunisiens. De plus, personne ne présentaient un produit qui répondent à leurs besoins », explique l’entrepreneur. «Le marché était presque vierge. Seuls quelques intellectuels achetaient une tablette de ce genre », souligne-t-il.

Les quatre ingénieurs tunisiens comptent aussi commercialiser leur produit en dehors de la Tunisie. Ils visent d’autres pays voisins comme le Maroc, la Libye, l’Algérie, la Tunisie. Ils souhaitent même décrocher le marché en Afrique subsaharienne. La tablette T216 semble bien partie pour avoir du succès.

Le site de la société ARTS