Sur les terres désertées du Zimbabwe

L’ultimatum du président zimbabwéen, Robert Mugabe, lancé aux fermiers blancs pour qu’ils abandonnent leurs terres s’achèvent ce jeudi. Une politique autoritaire de redistribution des terres dont les effets participent, avec la sécheresse, à l’effondrement d’une agriculture sinistrée. Le spectre de la famine menace un quart de la population.

Fin de l’ultimatum lancé par le chef de l’Etat, Robert Mugabe. Les fermiers blancs zimbabwéens ont jusqu’à 22h00 (temps universel) ce jeudi pour plier bagage. La crise agricole, suscitée par la nouvelle politique de redistribution des terres, a participé à fragiliser un secteur déjà mal en point à cause de la sécheresse qui frappe toute l’Afrique australe. La famine est aux portes du pays.

Alors que les Blancs ne représentent qu’à peine 1% de la population, quelques 4 400 propriétaires blancs possédaient, avant la crise, 32% des terres arables zimbabwéennes. Pour Robert Mugabe, cette répartition était inacceptable. Il prônait une redistribution des terres afin de réparer les dommages de la colonisation. En 1997, il promet de saisir 1 500 fermes qui seront rachetées par le gouvernement pour être morcelées et partagées entre plus d’un demi million de familles noires.

Terres promises

Mais les lourdeurs administratives de la Loi sur l’acquisition des terres ralentissent le processus. Lassé d’attendre et sous la pression de ses partisans qui commencent à chasser les fermiers blancs et à occuper leurs terres, Mugabe change son fusil d’épaule. Il passe outre la constitution et annonce, sans aucune compensation financière, la réquisition pure et simple des domaines agricoles. L’ultimatum est lancé.

L’ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, qui avait jusque là financé une réforme qu’elle considérait comme nécessaire (à hauteur de 44 000 livres depuis 1980) refuse de cautionner les nouvelles dispositions du président zimbabwéen. La crise éclate et divise le Commonwealth. Les relations anglo-zimbabwéennes sont rompus. Au point que les Britanniques gèlent les avoirs du président africain et lui interdisent, ainsi qu’à ses proches, tout droit de séjour sur le sol anglais.

Agriculture sinistrée

Outre les remous internationaux, la politique du numéro un zimbabwéen, a provoqué des bouleversements dans le secteur agricole national. Les terres des fermiers blancs sont parmi les plus fertiles du pays. Le départ des exploitants ou leur attentisme face aux incertitudes de la situation, a entraîné une chute des diverses productions. Ainsi, les prévisions de production de la principale source de revenu agricole, le tabac, ont chuté de 30% cette année. De plus, la productivité des terres, qui bénéficiaient jusque là d’équipements d’exploitation moderne et d’un personnel qualifié, est aujourd’hui remis en question avec le découpage en petites unités agricoles.

Parallèlement le Zimbabwe meurt de faim. La sécheresse qui accable les zones rurales a condamné une partie des récoltes. Les greniers sont vides et la famine menace, selon les Nations-Unies, près de la moitié de la population. Le pays qui consomme habituellement près de 2 millions de tonnes de blé, la nourriture de base des habitants, doit faire face à des prévisions pour le moins alarmantes avec 750 000 tonnes escomptées cette année. Les Nations-Unies se sont mobilisés pour parer à une catastrophe annoncée et vont lui accorder 285 des 600 millions de dollars débloqués pour contrer la famine en Afrique australe. La plus grosse part pour le pays le plus touché.