
En conférence de presse dimanche, le Premier ministre du Sénégal, Ahmadou Al Aminou Lo, a défendu le projet de loi de finances rectificative 2026, rejeté en commission à l’Assemblée nationale. Il a annoncé un changement de méthode pour les aides publiques. L’État ne veut plus subventionner des produits, notamment énergétiques, mais des personnes. Cette réorientation dépend d’un outil peu évoqué dans les débats sur la LFR, le Registre national unique, qui recense les ménages pauvres ou vulnérables.
A Dakar,
Le chef du gouvernement sénégalais, Ahmadou Al Aminou Lo, en conférence de presse dimanche, a justifié la hausse des dépenses par le choc pétrolier. Le budget initial reposait sur un baril à 69 dollars, alors que les cours dépassent 100 dollars après la guerre lancée fin février contre l’Iran par les États-Unis et Israël. L’État a choisi de prendre en charge une partie de la hausse plutôt que de la répercuter sur les prix. Le gouvernement mise sur les bourses de sécurité familiale, versées directement aux ménages recensés.
Un budget doublé pour les bourses familiales
Selon le Premier ministre, l’enveloppe des bourses de sécurité familiale est passée de 35 milliards de francs CFA à 70 milliards en 2026. Elle devrait atteindre 142 milliards en 2027. Au premier trimestre 2026, chaque bénéficiaire a reçu 35 000 francs CFA, payés par La Poste sur présentation de la carte d’identité. Pour l’année, le programme vise 469 497 bénéficiaires, dont 383 227 ménages issus du registre et 86 270 titulaires de la carte d’égalité des chances, réservée aux personnes handicapées.
Ces chiffres permettent un calcul simple. À raison de quatre versements de 35 000 francs CFA par an, l’enveloppe de 70 milliards peut couvrir jusqu’à 500 000 bénéficiaires. Un peu plus que l’objectif fixé pour 2026. Avec 142 milliards en 2027, et au même montant par ménage, l’État pourrait toucher environ un million de bénéficiaires. Ce chiffre est proche du nombre total de ménages inscrits au registre après la dernière re-certification. Le gouvernement n’a pas précisé ce point.
Un registre d’un million de ménages
Le Registre national unique a été créé en 2015 avec environ 541 000 ménages. Après une opération de mise à jour et de re-certification achevée au début de l’année 2026, il en compte désormais un peu plus d’un million. Les ménages sont classés selon des critères géographiques, communautaires et socio-économiques, qui permettent d’établir un score de vulnérabilité. En juin, le Premier ministre a annoncé l’installation d’un comité de suivi du registre et l’adoption d’un manuel de procédures.
L’ancien système a déjà montré ses limites. En décembre 2025, la ministre de la Famille de l’époque, Maïmouna Dièye, avait reconnu devant les députés que les mêmes personnes percevaient les bourses depuis dix ans. Ce, alors qu’elles étaient prévues pour cinq ans au maximum. Les paiements avaient été suspendus le temps d’un audit du registre. Le gouvernement prévoit aussi un projet pilote de paiement numérique des bourses avant la fin de l’année, annoncé en juin par le Premier ministre.
Le ciblage au cœur du débat parlementaire
Les subventions à l’énergie profitent aujourd’hui à tous les consommateurs. Y compris aux ménages modestes qui ne touchent pas de bourse. Si elles sont réduites, les prix du carburant et de l’électricité pourraient augmenter. Une partie des ménages inscrits au registre, et d’autres qui n’y figurent pas, subiraient alors la hausse sans compensation. Dans son propos, le PM ne mentionne pas de calendrier pour cette réorientation. Encore moins de montant précis pour la baisse des subventions.
Ce point pourrait peser dans la suite de l’examen du texte. Le président de l’Assemblée nationale a demandé une révision de la LFR. Selon Ousmane Sonko, c’est pour mieux protéger les ménages. Le Premier ministre affirme de son côté que l’État n’a pas fait supporter le choc pétrolier aux Sénégalais. La plénière, reportée à la demande du gouvernement, doit se tenir dans les prochains jours. Les députés pourraient y demander des garanties sur l’utilisation du registre pour cibler les aides.




