STIC’26 : le Burkina veut passer du consommateur au producteur de technologies


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Les trois lauréats du STIC'26
Les trois lauréats du STIC'26

À Ouagadougou, la première édition du Sahal Tech Innovation Challenge s’est achevée samedi sur une conviction largement partagée : le Burkina Faso et, plus largement, l’Afrique, ne peuvent plus se contenter de consommer les technologies venues d’ailleurs. Avec 600 projets déposés par des candidats de 23 pays africains, la compétition a surtout révélé un vivier de jeunes capables de transformer des problèmes locaux en solutions numériques.

La salle de conférences de Ouaga 2000 avait, samedi 22 août, des allures de laboratoire africain. Entrepreneurs, jeunes innovateurs, investisseurs et responsables publics s’y sont retrouvés pour la clôture du STIC’26, une initiative portée par Sahal Tech Innovation Labs. Le parcours aura été particulièrement sélectif. Sur quelque 600 projets reçus, une première sélection en a retenu 100, puis 60, avant de réduire la liste à dix finalistes. Au bout de cette compétition, c’est le Burkina Faso qui s’est adjugé le premier prix, devant le Sénégal et le Mali. Les trois lauréats bénéficieront d’un accompagnement de Sahal Tech pour faire avancer leurs projets. Ils pourront également effectuer un voyage d’immersion en Chine, en Turquie ou au Qatar.

« Une autre Afrique » est en train d’émerger

À la cérémonie de clôture du STIC’26, Nelly Minoungou, directrice générale de Sahal Tech Innovation Labs, s’est félicitée de la mobilisation pour cette première édition. Plus de 600 projets venus de 23 pays montrent, selon elle, qu’une nouvelle génération africaine est déjà au travail. Derrière ces candidatures se dessine surtout une génération d’entrepreneurs qui tente d’adapter l’intelligence artificielle à des besoins africains concrets, plutôt que de simplement importer des solutions développées ailleurs.

Cette ambition était déjà au cœur du lancement du STIC’26. La compétition avait été conçue autour de quatre secteurs où l’intelligence artificielle peut avoir un impact direct : l’agriculture, la santé, l’éducation et la finance.  Le potentiel africain ne doit plus être mesuré uniquement à l’aune des ressources naturelles ou de la taille des marchés. Dans cette bataille numérique, les compétences, la maîtrise des données et la capacité à développer localement des outils deviennent aussi stratégiques que les infrastructures.

Cette souveraineté numérique ne signifie d’ailleurs pas l’autarcie technologique. Le défi consiste davantage à conserver la maîtrise des données, des usages et des solutions développées localement tout en s’appuyant sur des infrastructures et des partenaires internationaux.

Ne plus seulement importer les technologies

C’est précisément sur cette question que le ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso, le général de division Célestin Simporé, a insisté lors de la cérémonie de clôture. Pour lui, le Burkina Faso doit  passer du statut d’utilisateur de technologies conçues ailleurs à celui de producteur de solutions numériques, capable de maîtriser ses données, de développer ses propres outils d’intelligence artificielle et, à terme, d’exporter ses innovations.

Le pari n’est pas totalement nouveau. Le 23 mai dernier, Sahal Tech avait inauguré à Ouagadougou un centre de formation consacré notamment à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité, au développement numérique et à l’entrepreneuriat technologique. L’objectif affiché est de renforcer les compétences locales et de contribuer à la souveraineté numérique du pays. Le STIC’26 apparaît ainsi comme le prolongement naturel de cette démarche : former, détecter, accompagner puis connecter les talents aux marchés et aux investisseurs.

Le défi sera maintenant de transformer les idées en entreprises

Remporter un concours ne suffit pas. C’est maintenant que commence le plus dur pour les jeunes porteurs de projets. Après les projecteurs, il faudra bien financer une équipe, développer un produit, conquérir des clients et tenir face à la concurrence. La présence d’investisseurs et la conclusion de premiers partenariats ont donné une traduction concrète à cette ambition.

La signature d’une convention entre Sahal Tech et International Glory Group, société turque, illustre cette volonté de dépasser le simple cadre du concours. Le représentant du secteur privé qatari, Mohamed bin Jawhar Al-Mohamed, a lui aussi salué une jeunesse africaine capable, selon lui, de contribuer à une économie plus diversifiée et plus durable.

« Ne ratons pas la révolution numérique »

Le représentant du ministre rd-congolais des Finances, Nico Minga, a résumé l’urgence en quelques mots : l’Afrique ne doit pas reproduire, dans le numérique, les retards accumulés lors des précédentes grandes transformations économiques. « Nous avons raté la mondialisation, mais ne ratons pas la révolution numérique », a-t-il insisté.

Le message vaut autant pour les gouvernements que pour les entrepreneurs. Sans financement, infrastructures, formation et accès aux marchés, les bonnes idées risquent de rester dans les laboratoires ou les ordinateurs de leurs concepteurs. Et c’est sur ce chantier précisément que le STIC’26 est attendu. La compétition a montré que les talents existent. Elle a aussi montré que les projets peuvent venir de plusieurs coins du continent. La prochaine bataille sera de leur donner les moyens de grandir.

Le STIC’26 s’est achevé avec ses trois lauréats. Pour le Burkina Faso, le véritable test est désormais de transformer cette effervescence autour de l’innovation en entreprises capables de grandir, de créer des emplois et, pourquoi pas, d’exporter demain des technologies conçues en Afrique.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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