Intelligence artificielle : l’Afrique du Sud, la Tunisie et l’Égypte dominent le classement des talents africains


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Publié par le cabinet kenyan Qhala et la plateforme de recherche Qubit Hub, le « AI Talent Readiness Index for Africa » reste la cartographie de référence pour évaluer la capacité des 54 pays du continent à former, retenir et déployer des talents en intelligence artificielle. Alors que l’année 2026 voit l’UA accélérer ses discussions sur une stratégie d’IA harmonisée, les données de cet index mettent en lumière les forces en présence, avec l’Afrique du Sud en tête, talonnée par la Tunisie et l’Égypte, installant l’Afrique du Nord comme la région la plus solide.

Un trio de tête au coude-à-coude

Avec un score de 52,15 points sur 100, l’Afrique du Sud se hisse sur la première marche du podium. Le pays tire profit de son avance sur le terrain des compétences numériques et de la robustesse de ses infrastructures de données.

La Tunisie et l’Égypte partagent la deuxième place ex æquo avec 51,80 points. Tunis s’appuie sur les meilleures infrastructures de données du continent, tandis que Le Caire déploie un vivier de compétences numériques qui talonne directement celui de l’Afrique du Sud. Derrière ce trio, les écarts se creusent légèrement :

  • Kenya (49,70 points)
  • Maurice (48,00 points)
  • Rwanda (46,90 points)
  • Ghana (46,50 points)
  • Algérie (45,85 points)
  • Maroc (43,75 points)
  • Seychelles (42,50 points)

Le Cameroun se distingue à la 11e place continentale, s’imposant comme le seul représentant d’Afrique centrale à flirter avec le Top 10.

Les critères de l’évaluation

L’index attribue une note globale sur 100 basée sur 20 indicateurs, répartis en trois grands piliers :

  • Les compétences numériques (40 % de la note globale)
  • Les données et infrastructures (35 %)
  • La maturité des gouvernements face à l’adoption de l’IA (25 %)

L’étude analyse des éléments concrets comme la densité de développeurs web par million d’habitants, l’offre universitaire spécialisée en IA et machine learning, le taux de pénétration d’Internet, l’accès à l’électricité, la solidité des cadres juridiques de protection des données ou encore le déploiement d’une stratégie nationale dédiée.

L’Afrique du Nord, véritable locomotive technologique

En plaçant quatre de ses pays dans le Top 10 pour un score régional moyen de 38,2 points, l’Afrique du Nord surperforme. Le rapport explique ce leadership par des politiques d’éducation de long terme car la région concentre pas moins de 85 établissements supérieurs proposant des cursus pointus en IA.

La concentration de développeurs y est d’ailleurs unique sur le continent. La Tunisie mène largement la danse avec 4 120 développeurs par million d’habitants, loin devant le Maroc (1 345), l’Égypte (1 224) et l’Algérie (477). Les compétences de base en TIC y sont aussi mieux partagées et elles touchent 71,37 % de la population en Tunisie, 60,86 % au Maroc, 58,48 % en Algérie et 53,06 % en Égypte. Un réseau électrique stable et un cadre réglementaire mature viennent consolider cette dynamique.

De fortes disparités régionales

Les trajectoires divergent fortement selon les zones géographiques :

  • L’Afrique australe (35,3 points) suit la locomotive nord-africaine, portée à bout de bras par l’Afrique du Sud et un réseau d’infrastructures globalement mature.
  • L’Afrique de l’Est (32,7 points) compense des ressources financières parfois limitées par une forte volonté politique. Le Rwanda, le Kenya et Maurice se démarquent par une gouvernance agile et un écosystème très axé sur les technologies mobiles.
  • L’Afrique de l’Ouest (27,6 points) fait face aux limites de ses réseaux électriques et à un accès Internet encore trop faible en zone rurale. Ces freins structurels contrastent avec la vitalité de ses startups. Le Nigeria, malgré le dynamisme de ses hubs technologiques de Lagos, se retrouve ainsi relégué au 18e rang (37,70 points).
  • L’Afrique centrale (19,4 points) ferme le classement. En dehors du Cameroun, la région souffre de déficits majeurs en connectivité, en accès à l’énergie et en politiques publiques dédiées, ce qui nécessite des réformes de fond.

Un guide stratégique plus qu’une sentence

Au-delà de la compétition des chiffres, cet index sert de feuille de route pour orienter les investissements publics et privés. Les auteurs du rapport rappellent une réalité évidente du terrain : le talent brut est partout, mais sans écosystème pour le soutenir, il s’exporte ou s’éteint. Une université ne peut former des ingénieurs en IA sans une électricité stable, et une stratégie nationale déconnectée des réalités des start-ups reste stérile.

L’étude montre aussi ses limites, puisqu’elle ne mesure pas directement la qualité fine des cursus ni l’adéquation exacte entre les profils formés et les besoins réels des entreprises. Alors que les projets de centres de calcul de données se multiplient sur le continent en 2026, combler ce fossé entre formation théorique et besoins industriels s’impose comme le prochain grand défi africain.

Le classement complet des 54 pays
Afrique du Sud – 52,15

Tunisie – 51,80

Égypte – 51,80

Kenya – 49,70

Maurice – 48,00

Rwanda – 46,90

Ghana – 46,50

Algérie – 45,85

Maroc – 43,75

Seychelles – 42,50

Cameroun – 42,35

Cap-Vert – 41,60

Ouganda – 39,65

Namibie – 39,40

Sénégal – 39,35

Zimbabwe – 38,55

Tanzanie – 38,20

Nigeria – 37,70

Zambie – 36,95

Botswana – 35,95

Côte d’Ivoire – 34,95

Bénin – 34,90

Malawi – 31,70

Eswatini – 30,95

Angola – 30,10

Éthiopie – 28,35

Lesotho – 28,30

Madagascar – 25,70

Mali – 24,90

Mozambique – 24,75

Togo – 22,05

Gabon – 21,80

Soudan – 20,85

Burundi – 20,35

Burkina Faso – 20,10

Mauritanie – 18,45

Comores – 18,35

Gambie – 17,20

Sierra Leone – 15,25

Tchad – 14,20

Sao Tomé-et-Principe – 14,10

Guinée équatoriale – 13,95

République démocratique du Congo – 13,55

Liberia – 13,10

République du Congo – 12,00

Libye – 11,30

Niger – 10,65

Érythrée – 10,45

Guinée – 9,65

Somalie – 8,95

Guinée-Bissau – 5,35

Djibouti – 4,60

République centrafricaine – 4,10

Soudan du Sud – 1,40

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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