
Le Forum Intech Santé et Medical Expo s’est achevé samedi 20 juin au Parc des Expositions d’Abidjan-Port-Bouët. Trois jours durant, professionnels de santé, start-up, industriels et décideurs publics ont débattu d’une question centrale pour l’Afrique de l’Ouest : comment moderniser les systèmes de santé sans perdre la main sur les données, les équipements et les infrastructures.
La deuxième édition du forum Intech Santé Médical Expo a réuni, du 18 au 20 juin, des délégations venues d’une quinzaine de pays, dont une forte délégation turque de 27 entreprises spécialisées dans les équipements et services hospitaliers. L’événement, né de la fusion entre Intech Santé et Medical Expo, s’inscrivait sous le thème « Ensemble pour une santé interconnectée et souveraine ». Derrière cette formule se cache un enjeu concret. L’Afrique ne veut plus seulement importer des technologies médicales ou des plateformes numériques conçues ailleurs. Elle cherche à adapter, maîtriser et développer ses propres solutions, au plus près des réalités du terrain.
Quand le médical rencontre le numérique
Le positionnement hybride du forum explique en partie son écho croissant. D’un côté, Medical Expo rassemble les acteurs classiques du secteur : équipements hospitaliers, dispositifs médicaux, pharmacie, dentaire, services et investissements. De l’autre, Intech Santé met en avant les leviers de transformation numérique : télémédecine, intelligence artificielle, données de santé, plateformes de suivi, systèmes d’information hospitaliers, cybersécurité et interopérabilité.
Cette convergence répond à des contraintes bien réelles. Dans plusieurs pays africains, les hôpitaux composent avec des besoins croissants, des ressources limitées et des territoires parfois difficiles à couvrir. Le numérique peut réduire les distances, améliorer le suivi des patients, fluidifier les parcours de soins ou faciliter la gestion des stocks médicaux. Mais cela à condition que ces outils soient conçus pour les réalités locales, accessibles aux professionnels et intégrés aux politiques publiques.
Le ministère de la Santé ivoirien a présenté un état d’avancement chiffré . Ainsi, le système d’information hospitalier est désormais déployé dans 390 établissements, le dossier patient informatisé fonctionne dans 203 d’entre eux avec plus de 10 millions de dossiers numérisés, et les hôpitaux publics nationaux et régionaux atteignent 100 % de couverture numérique. Le portail citoyen Côte d’Ivoire Santé permet désormais la prise de rendez-vous et le paiement en ligne des prestations.
La souveraineté comme fil conducteur
Le mot « souveraineté » a occupé une place centrale dans les échanges, notamment lors du panel inaugural consacré à la protection des données de santé. Qui contrôle ces données et où sont-elles hébergées ? Comment garantir leur confidentialité sans bloquer la continuité des soins entre établissements publics et privés ? Pour Cyrille Koffi, directeur général de la SGCI et président du comité d’organisation, la souveraineté recherchée n’est pas un repli sur soi. En effet, elle suppose qu’un patient suivi en Côte d’Ivoire conserve un accès sécurisé à ses données, y compris lorsqu’il se déplace à l’étranger.
Le sujet est sensible car les données de santé comptent parmi les plus précieuses et les plus vulnérables. Sans maîtrise de ces données, la transformation numérique risque de se réduire à une externalisation de fonctions stratégiques.
Abidjan en position de hub régional
Le choix d’Abidjan confirme une stratégie engagée depuis plusieurs années de consolider la place de la Côte d’Ivoire comme hub économique en Afrique de l’Ouest, cette fois sur un secteur où les besoins restent considérables. Le forum, placé sous le haut patronage du Premier ministre et présidé par Eugène Aka Aoulé, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, a rassemblé environ 120 exposants venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie et des Amériques.
Reste désormais à transformer ces trois jours d’échanges en projets concrets.




