Sonel Investment : l’ancien empire Monaco Resources rattrapé par ses dettes et ses paris africains


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Illustration investissements mines bauxite Guinée
Illustration investissements mines bauxite Guinée

Rebaptisé Sonel Investment S.A.M. en 2023, l’ex-Monaco Resources Group traverse une séquence difficile. Entre restructurations obligataires, revers en Guinée et litiges autour de ses anciennes filiales, le groupe monégasque paie aujourd’hui le prix d’une expansion rapide dans les ressources naturelles et la logistique.

Longtemps, Monaco Resources Group a cultivé l’image d’un conglomérat discret, présent dans les métaux, l’énergie, la logistique portuaire et l’agrobusiness. En avril 2023, une assemblée générale extraordinaire a acté le changement de dénomination en « Sonel Investment », entériné par arrêté ministériel monégasque le 6 juillet 2023. Le groupe annonçait alors son retrait du secteur minier pour se recentrer sur les infrastructures et la logistique. Trois ans plus tard, cette mue n’a pas dissipé les inquiétudes autour d’un ensemble dont plusieurs piliers vacillent.

Le signal le plus brutal est venu de Londres. MRG Finance UK plc, véhicule financier du groupe, avait émis 50 millions d’euros d’obligations à 8,75 %, garanties par Monaco Resources Group, devenu Sonel Investment. Un premier réaménagement, adopté en octobre 2023, avait repoussé l’échéance de 2023 à octobre 2026. Fin novembre 2024, les porteurs ont été appelés à accepter une modification bien plus radicale : avancer l’échéance au 30 juin 2025 et rembourser les titres à seulement 2 % de leur valeur nominale, selon l’avis publié sur Investegate. Faute de quorum le 19 décembre 2024, la résolution a été adoptée lors d’une assemblée ajournée le 7 janvier 2025, d’après l’avis de résultat relayé notamment par Investing.com. Pour les créanciers, la perte est presque totale.

En Guinée, le dossier SBG s’est retourné

En Afrique, le dossier le plus sensible reste celui de la Société des Bauxites de Guinée (SBG). Cette filiale liée à l’ancien univers Monaco Resources, via sa branche métaux Metalcorp, devait porter l’entrée du groupe dans la bauxite guinéenne. Le 11 février 2023, la SBG exportait sa première cargaison depuis le port de Konta, rapportait alors Infomine Guinée. Le projet de Garafiri, adossé à une convention signée avec l’État guinéen en 2018, prévoyait un investissement de 1,4 milliard de dollars, une production annuelle de 8 millions de tonnes de bauxite et la construction d’une raffinerie d’alumine.

L’histoire a ensuite déraillé avec la perte du permis minier de la SBG à la mi-juin 2025, sur fond de litiges civils et pénaux. Tous les contentieux ne sont pas tranchés publiquement mais ils s’inscrivent toutefois dans un contexte où Conakry entend revoir les conventions minières héritées des régimes précédents. La position d’investisseur en conquête qu’affichait Monaco Resources au moment de la signature appartient au passé.

R-Logitech et Metalcorp sous pression

Les difficultés ne se limitent pas à la bauxite car R-Logitech, autre pièce importante de l’ancien périmètre Monaco Resources, a dû restructurer en 2023 son emprunt obligataire de 200 millions d’euros émis en 2018 : l’échéance a été repoussée au 30 juin 2024 et le coupon relevé de 8,50 % à 10,25 %, selon Lawyer Monthly. En juin 2024, l’entreprise a de nouveau convoqué ses créanciers pour prolonger la maturité de ses obligations, un schéma lié notamment à la vente de sa participation dans Thaumas N.V., d’après ses propres communications.

Metalcorp, filiale luxembourgeoise spécialisée dans les métaux et minéraux et actionnaire historique de la SBG, a été assignée fin août 2023 devant la justice britannique par les administrateurs de Greensill Capital (UK), alors même qu’elle restructurait sa dette après un défaut sur près de 70 millions d’euros d’obligations arrivées à échéance, selon Bloomberg et le Luxembourg Times. Aucun jugement définitif n’a été rendu public à ce stade. L’assignation illustre en revanche la fragilisation simultanée de plusieurs ramifications financières du groupe.

Les limites de la verticalisation

Le cas Sonel Investment illustre les limites d’un modèle bâti sur l’intégration verticale, des mines au négoce en passant par la logistique et le financement. Tant que les prix et les financements suivaient, cette organisation devait capter davantage de valeur à chaque étape. Le retournement des marchés, la perte de permis et la pression des créanciers ont produit l’effet inverse : les difficultés d’une branche se sont propagées aux autres.

L’affaire rappelle que les grands projets miniers doivent être suivis au-delà des cérémonies de signature. En Guinée, la convention de la SBG promettait 1,4 milliard de dollars d’investissement et une transformation locale de la bauxite en alumine. Huit ans plus tard, le permis a été retiré et la raffinerie n’existe pas. Aux yeux des États hôtes, la capacité d’un investisseur à financer durablement ses engagements pèse désormais autant que les montants annoncés au départ.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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