Burkina Faso : Derrière la fausse rumeur des réserves en Russie, la quête de souveraineté sur l’or


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Raffinerie, réserves, exploitation : comment le Burkina Faso redessine sa stratégie autour de l'or ?
Stratégie d'Or au Burkina Faso

Le ministère burkinabè de l’Économie et des Finances a démenti les informations selon lesquelles une partie des réserves d’or du pays serait désormais stockée en Russie. Si cette rumeur a été balayée par les autorités, elle met sur la table des débats un sujet devenu hautement stratégique : la volonté de Ouagadougou de reprendre le contrôle de sa filière aurifère. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso multiplie les réformes pour mieux valoriser son principal produit d’exportation, renforcer sa souveraineté économique et accroître les retombées des richesses minières pour l’économie nationale.

Dans un communiqué publié le 10 juillet, le ministère de l’Économie et des Finances du Burkina Faso a dénoncé une « campagne de désinformation » après la diffusion de publications qui affirmaient que le Burkina Faso avait décidé de transférer une partie de ses réserves d’or en Fédération de Russie.

Les autorités assurent qu’aucune décision de cette nature n’a été prise et rappellent que la gestion des ressources du pays relève exclusivement des orientations arrêtées par l’État.

Ce démenti intervient dans un contexte où le Burkina Faso entretient des relations de coopération renforcées avec plusieurs partenaires, dont la Russie. Ce rapprochement diplomatique et sécuritaire suscite régulièrement des spéculations sur les choix économiques de Ouagadougou, notamment en matière de gestion des ressources naturelles.

L’or, premier pilier de l’économie burkinabè

Le Burkina Faso figure parmi les principaux producteurs d’or du continent africain. Le métal jaune constitue de loin la première source de recettes d’exportation du pays et représente une part importante des revenus de l’État.

En 2008, le Burkina Faso produisait 5,6 tonnes d’or. Puis en 2024, ce chiffre a explosé pour atteindre 60,7 tonnes. En 2017, l’or a représenté 71% des recettes d’exportation du Burkina Faso., soit 1 308 milliards de francs CFA. L’or représente désormais plus de 84 % de la valeur des exportations du pays et renforce son rôle central dans l’économie nationale.

Le secteur minier contribue considérablement au budget national à travers les taxes, les redevances et les dividendes perçus sur les exploitations industrielles. Des centaines de milliers de Burkinabè vivent également, directement ou indirectement, de l’exploitation artisanale de l’or.

Cette dépendance explique pourquoi les autorités considèrent désormais le secteur aurifère comme un levier important de développement économique autant qu’un enjeu de souveraineté.

Passer du statut de producteur à celui de transformateur

Pendant plusieurs décennies, l’essentiel de l’or extrait au Burkina Faso a quitté le territoire sous forme brute pour être raffiné dans d’autres pays. Cette situation prive le pays d’une partie importante de la valeur ajoutée générée par cette ressource. C’est précisément ce modèle que les autorités cherchent à remettre en cause.

Le projet de construction d’une raffinerie nationale s’inscrit dans cette logique. L’objectif, selon le gouvernement du Capitaine Ibrahim Traoré, est de disposer d’une capacité de raffinage locale permettant de certifier l’or produit au Burkina Faso, de renforcer sa traçabilité et de développer une véritable industrie autour du métal précieux.

Au-delà des revenus supplémentaires attendus, cette infrastructure doit également contribuer à limiter les exportations informelles et à améliorer le contrôle de la production nationale. « Pendant longtemps, on nous avait dit que nous n’étions pas un pays producteur d’or, mais depuis un certain temps, l’or est devenu le premier produit d’exportation. Mais nous n’avons pas de contrôle sur l’or (…). Nous nous sommes posé des questions et aujourd’hui nous avons décidé de mettre toute une chaîne en place », a déclaré le président de la Transition chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré.

Une première mine d’or industrielle lancée

Jeudi 09 juillet 2026, le Burkina le Faso a lancé sa première mine d’or publique qui renferme des réserves estimées à 10,77 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 0,64 gramme d’or par tonne et un taux de récupération métallurgique de 88 %.

Estimé à 32 milliards de FCFA, ce projet devrait, avec une production totale de 7,27 tonnes d’or sur une durée d’exploitation de quinze ans, générer près de 39 milliards de FCFA de recettes directes pour les finances publiques, hors dividendes.

Des réformes pour accroître la présence de l’État

La stratégie du gouvernement ne se limite pas au raffinage. Depuis la Transition, plusieurs textes ont été revus afin d’accroître la participation de l’État dans le secteur minier. Les autorités souhaitent disposer de davantage de leviers pour suivre les activités des compagnies minières, optimiser les recettes publiques et mieux encadrer les permis d’exploitation.

Parallèlement, le gouvernement poursuit ses efforts pour lutter contre la contrebande d’or, un phénomène qui prive chaque année le pays d’importantes recettes fiscales. La formalisation progressive de l’exploitation artisanale constitue également l’un des axes prioritaires de cette politique.

Des réserves d’or au cœur de la souveraineté économique

La polémique autour d’un supposé stockage de réserves en Russie rappelle une réalité souvent méconnue : les réserves d’or constituent un actif stratégique pour les États.

Elles permettent notamment de diversifier les actifs financiers, de renforcer la crédibilité économique d’un pays et de servir de garantie en période d’instabilité monétaire ou financière.

À l’échelle mondiale, plusieurs banques centrales ont d’ailleurs renforcé leurs achats d’or ces dernières années, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les sanctions internationales et les incertitudes sur les marchés.

Pour le Burkina Faso, l’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage d’or, mais aussi de mieux maîtriser la gestion de cette richesse dans le cadre d’une stratégie nationale.

Le démenti du ministère de l’Économie et des Finances dépasse donc la simple réponse à une rumeur. Il est la preuve d’une sensibilité grandissante aux questions liées à la souveraineté économique, à la gestion des réserves stratégiques et au contrôle des ressources naturelles. Dans un pays où l’or demeure le principal moteur de l’économie, chaque décision, réelle ou supposée, concernant ce secteur revêt désormais une forte portée politique, économique et géostratégique.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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