Burkina Faso : avec « Zéro poulailler vide », Ouagadougou veut donner un nouveau souffle à l’aviculture


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Un élevage de poulets
L'élevage de poulets rural chez les villageois

Le gouvernement burkinabè mobilise une enveloppe annoncée de 1,7 milliard de FCFA pour relancer 500 exploitations avicoles. Poussins, aliments, produits vétérinaires et accompagnement technique seront directement mis à la disposition des bénéficiaires. Une manière de s’attaquer aux principaux obstacles qui freinent encore les éleveurs.

À Ouagadougou, le gouvernement burkinabè a lancé, vendredi 21 août 2026, une nouvelle offensive pour relancer la production avicole. Le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques a officiellement lancé l’opération « Zéro poulailler vide », dotée d’une enveloppe d’environ 1,7 milliard de FCFA. L’ambition est claire : remettre des volailles dans les poulaillers et, surtout, permettre aux éleveurs de produire davantage. Au total, Au total, 500 aviculteurs seront accompagnés à travers le pays avec des kits adaptés à leur mode d’élevage.

Cette initiative veut relancer l’aviculture qui occupe une place importante dans les revenus des ménages et l’approvisionnement alimentaire du pays, mais reste confrontée à des difficultés récurrentes : accès aux poussins, coût de l’alimentation, problèmes sanitaires et financement. Une étude publiée en 2025 dans la revue PLOS One relevait notamment le poids des maladies, du coût de l’alimentation, du financement et de l’accès aux services vétérinaires parmi les difficultés rencontrées par les éleveurs burkinabè.

Des kits pour remettre les élevages en marche

Le dispositif prévoit deux formules. Pour l’élevage moderne, chaque bénéficiaire recevra un ensemble évalué à 2,14 millions de FCFA, comprenant 1 000 poussins de souche locale améliorée, 3 350 kg d’aliments ainsi que des produits vétérinaires et un suivi sanitaire. La formule destinée à l’élevage traditionnel de reproduction est évaluée à 1,335 million de FCFA. Elle prévoit notamment 100 volailles adultes (10 coqs et 90 poules) ainsi que 2 000 kg d’aliments destinés à couvrir six mois de nutrition.

L’objectif n’est donc pas simplement de distribuer des poussins. Le gouvernement burkinabè veut donner aux bénéficiaires les moyens de franchir les premières étapes de la production sans être immédiatement étranglés par le coût des intrants. Cette approche s’inscrit dans une politique plus large de développement des chaînes de valeur avicoles. En juin dernier, le Projet de développement intégré des chaînes de valeur maïs, soja, volaille, poisson et de résilience (PIMSAR) indiquait déjà avoir accompagné 1 240 producteurs avec des équipements, des matériaux pour les poulaillers, des aliments et des produits vétérinaires. Le projet avait également appuyé 500 personnes déplacées internes avec des kits avicoles.

Produire localement pour réduire les dépendances

Derrière « Zéro poulailler vide », il y a aussi un enjeu de souveraineté alimentaire. Le Burkina Faso cherche depuis plusieurs mois à renforcer ses capacités de production de poussins et d’aliments pour réduire les dépendances extérieures.

En 2025, le gouvernement burkinabè avait notamment suspendu temporairement les autorisations d’importation de poussins de chair, estimant que les capacités nationales pouvaient répondre à la demande. Cette décision avait ouvert un vaste débat sur la capacité réelle de la filière à assurer l’approvisionnement du marché.

Dans le même mouvement, l’État a renforcé l’offre nationale d’aliments pour animaux avec la mise en service de Faso Guulgo, société publique issue de la nationalisation de la Société de fabrique d’aliments pour bétail (SOFAB). L’entreprise doit notamment produire des aliments destinés à la volaille et aux autres animaux d’élevage.

Une sélection et un suivi largement numérisés

Autre particularité du programme : la sélection des bénéficiaires sera largement digitalisée. Les promoteurs devront s’inscrire sur une plateforme, avant une présélection des dossiers et une visite des exploitations.

Cette visite permettra de vérifier que les infrastructures existent réellement et que les candidats disposent des conditions nécessaires pour accueillir les animaux. Les bénéficiaires retenus devront ensuite signer un engagement avant de recevoir une formation, les volailles et les intrants. L’État burkinabè entend ainsi éviter que les kits ne restent inutilisés ou que les ressources ne profitent à des exploitations incapables de poursuivre la production.

Un poulailler rempli ne suffit pas : il faut maintenir les animaux en bonne santé, maîtriser le coût de l’alimentation et parvenir à vendre la production dans des conditions rémunératrices. Le succès de « Zéro poulailler vide » se mesurera donc moins au nombre de volailles distribuées qu’à la capacité des 500 exploitations soutenues à continuer de produire une fois les kits consommés.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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