Burkina Faso : Hakili Mousso veut faire des sciences un terrain de conquête pour les jeunes filles


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Cérémonie de remise de prix aux lauréates du Hakili Mousso, Ouagadougou, le 19 septembre 2026
Cérémonie de remise de prix aux lauréates du Hakili Mousso, Ouagadougou, le 19 septembre 2026

Quinze jeunes filles ont été distinguées, samedi 19 septembre, à Ouagadougou à l’issue de la première édition de Hakili Mousso. Au-delà des récompenses, le concours entend répondre à une réalité persistante : les filles restent minoritaires dans les filières scientifiques, alors même que le pays cherche à renforcer ses compétences dans les domaines technologiques et industriels.

À Ouagadougou, les mathématiques, la physique et la chimie avaient, samedi, un visage essentiellement féminin. Après plusieurs étapes de sélection, 84 jeunes bachelières issues du cru 2026 du baccalauréat, sélectionnées sur la base de leur moyenne dans les différentes séries scientifiques et ne devant pas dépasser 21 ans, se sont retrouvées dans la capitale pour la finale de Hakili Mousso, concours national destiné à détecter et encourager les talents scientifiques féminins. Les épreuves avaient été précédées d’une semaine d’immersion et de préparation au Lycée scientifique national.

Le palmarès donne une première idée du niveau atteint. Inès Nikiema s’est imposée en chimie avec 18,73/20, devant Nicole Yaméogo (18,38) et Aminata Traoré (17,69). En physique, Aminata Traoré a pris la première place avec 15/20, suivie de Goumbri H. Jessica (14,50) et Ella Esther Ouattara (13,75). En mathématiques, Adjaratou Bama a terminé en tête avec 14,25/20, devant Fadia Tapsoba (12,63/20) et Awa Onadja (12,50/20).

Un concours pour changer les représentations

Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui présidait la cérémonie au nom du chef de l’État burkinabè, a voulu dépasser la seule célébration des résultats. « Les filles ont pleinement leur place dans les matières scientifiques », a-t-il déclaré, les invitant à investir davantage les sciences, les technologies et l’industrie. Son message repose sur une idée simple : les capacités scientifiques ne sont pas une affaire de sexe. Il a notamment rappelé aux participantes que leur « premier talent se trouve dans leur tête », tout en appelant parents et enseignants à les accompagner dans la durée.

Ce soutien est d’autant plus important que l’écart demeure marqué. Selon les données présentées lors de la cérémonie, les filles représentaient 36,7 % des effectifs des filières scientifiques en 2025-2026, contre 59,5 % dans les filières non scientifiques. Hakili Mousso veut précisément agir sur cette différence, en donnant aux jeunes filles des modèles, de la visibilité et des occasions de se projeter dans ces filières.

De la récompense à la vocation

Les quinze premières candidates ont reçu des prix financiers et matériels, avec notamment des sommes allant de 500 000 à 2 millions de FCFA, des motos, des ordinateurs, des bourses et des bons de carburant. Signe que l’encadrement pédagogique compte autant que la performance individuelle, les enseignants référents des candidates primées ont, eux aussi, été honorés. L’initiative ne s’est d’ailleurs pas limitée aux salles d’examen. Avant la finale, les candidates ont visité le data center de Telecel et rencontré des femmes cadres des télécommunications. Une manière de relier les équations apprises en classe aux métiers technologiques qui structurent déjà l’économie.

Au nom des candidates, Nicole Yaméogo a résumé l’expérience comme « bien plus qu’une compétition », évoquant une aventure humaine et intellectuelle. Les lauréates ont promis de devenir des ambassadrices de la science. Si cela se traduit dans les faits, ce concours, pour sa première édition, aura atteint son objectif : faire des sciences non plus un territoire où les filles sont minoritaires, mais un espace où elles peuvent pleinement construire leur avenir et participer aux ambitions technologiques d’un pays qui, plus que jamais, veut construire sa souveraineté.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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