Burkina Faso : des puits racinaires pour faire pousser des arbres à travers la roche


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des puits racinaires pour faire pousser des arbres
des puits racinaires pour faire pousser des arbres

Au Burkina Faso, l’ONG Terre Verte et les fermes pilotes du Réseau Bocage Sahélien ont mis en ligne une fiche technique sur les puits racinaires. Pratiquée depuis 1998, cette méthode consiste à percer la cuirasse latéritique pour que les racines des jeunes arbres atteignent l’humidité des couches profondes. L’ONG annonce des résultats très favorables, qui restent à confirmer par des évaluations indépendantes.

Sur une grande partie du Sahel burkinabè, la terre arable ne forme qu’une mince couche posée sur la latérite. Cette roche rougeâtre, produit d’une altération chimique très ancienne, s’est durcie en cuirasse à sa surface. Les racines d’un jeune arbre ne la traversent qu’à la faveur de fissures. Pendant l’hivernage, le plant trouve assez d’eau près de la surface. Une fois la saison sèche installée, pour huit mois, il ne peut pas aller chercher l’humidité plus bas.

Terre Verte en a fait le constat dès ses premières plantations où des arbres soigneusement protégés du bétail profitent une année, puis végètent et finissent par mourir. Le phénomène aide à comprendre pourquoi des plantations bien conduites en apparence échouent sur ces sols.

Un puits de 90 centimètres percé jusqu’aux couches tendres

La réponse de l’ONG consiste à percer la cuirasse. Selon la fiche technique diffusée par Terre Verte et son réseau, le chantier a lieu en saison sèche, entre novembre et début mai, quand la main-d’œuvre est disponible et que les couches tendres risquent moins de s’effondrer. Un cercle de 90 centimètres de diamètre est tracé autour de l’emplacement de l’arbre. Cette dimension laisse de la place aux racines tout en permettant à l’ouvrier de descendre sans échelle, en prenant appui sur des encoches taillées dans la paroi.

Si aucune latérite n’apparaît avant 80 à 100 centimètres de profondeur, le puits est généralement jugé inutile. Si elle surgit plus tôt, il faut la traverser entièrement. Son épaisseur varie de 1 à 4 mètres selon les sites, et les équipes poursuivent encore sur un mètre dans la couche tendre sous-jacente, le plus souvent une argile sableuse issue de la dégradation du granit. Deux personnes se relaient, l’une creuse au fond, à la pioche et à la barre à mine et l’autre remonte les déblais au seau. Il faut compter d’une journée à une semaine de travail par puits, selon la dureté de la roche et la profondeur à atteindre. L’ONG a essayé le marteau-piqueur avant d’y renoncer, le coût s’envolant.

Un chantier technique

Les déblais de latérite et d’argile, déposés en cercle autour du trou, sont mélangés puis remis dans le puits. Les premières pluies tassent ce remblai, qui s’affaisse de 50 à 80 centimètres. On complète alors avec le reste des déblais additionné de compost. Deux déflecteurs et une petite diguette en demi-lune guident l’eau de ruissellement vers le puits. L’arbre est planté tôt, fin juin ou début juillet, afin que ses racines suivent l’eau à mesure qu’elle s’infiltre au fil de l’hivernage.

Le principe vaut aussi pour les haies qui ceinturent les périmètres bocagers. Quand leur tracé traverse une zone très latéritique, les équipes creusent une tranchée racinaire d’un mètre de large, et les piquets métalliques de la clôture sont rallongés par soudure pour s’ancrer sous le remblai. Une vidéo du Réseau Bocage Sahélien montre les différentes étapes du chantier.

Youtube video

Une technique issue du bocage sahélien de Guiè

Les puits racinaires prolongent le travail engagé en 1989 à Guiè, dans la région du Plateau-Central, par Henri Girard, aujourd’hui président de Terre Verte. La ferme pilote, gérée avec l’association inter-villageoise Zoramb Naagtaaba (AZN), y a mis au point le wégoubri, le bocage sahélien en langue mooré. Il s’agit de périmètres clos de haies vives, découpés en parcelles individuelles et en espaces communs, où diguettes et mares retiennent l’eau de pluie là où elle tombe. Le premier grand périmètre, celui de Tankouri, a été aménagé à partir de 1998 sur 100 hectares, l’année même où les premiers puits racinaires ont été creusés. Quatre autres fermes pilotes, à Filly, Goèma, Barga et Tougo, ont repris le modèle.

En décembre 2022, le Gret a publié un rapport de capitalisation consacré à trois périmètres de Guiè et de Douré. Il a été réalisé dans le cadre du projet Bocage sahélien en partage, porté par Terre Verte avec l’AZN, l’association La Trame, l’IRD et le Gret, et financé par l’Agence française de développement au sein du Programme agroécologie de la CEDEAO. Ses auteurs, Manéré Ouedraogo et Laurent Levard, mesurent des rendements supérieurs de 20 % à 70 % à ceux des parcelles voisines selon les périmètres.

Le rapport relève aussi des limites, à commencer par la question foncière car faute de titres, la possession des parcelles repose sur des accords informels, ce qui nourrit chez certains paysans des doutes sur les intentions de l’ONG. À Douré, l’un des trois périmètres étudiés, seules 15 % des parcelles aménagées étaient cultivées. Le document porte sur le bocage dans son ensemble et non spécifiquement sur les puits racinaires.

Un taux de survie annoncé proche de 100 %, sans évaluation indépendante

Terre Verte avance des résultats très favorables. Selon la fiche, les puits permettent de réduire, voire de supprimer, les arrosages de saison sèche, avec un taux de survie des plants « avoisinant les 100 % ». Ils ont servi à créer des vergers sur des terrasses latéritiques et à boiser des bords de route, souvent tracés sur les sols les plus secs. L’ONG parle des « arbres de l’impossible ».

Ces chiffres viennent de l’ONG elle-même. La fiche ne précise ni le nombre d’arbres suivis ni la durée d’observation, et aucune évaluation indépendante publiée n’a pu être identifiée. Terre Verte reconnaît par ailleurs que la technique est « relativement coûteuse », la dureté variable de la latérite pouvant allonger nettement les chantiers. Elle défend un investissement de long terme : selon la fiche, un puits creusé reste utilisable pour les générations suivantes.

L’ONG avait déjà présenté sa méthode en 2025, lors de la Journée nationale de l’arbre, en plantant des manguiers dans des vergers villageois. La fiche est téléchargeable gratuitement sur le site de Terre Verte, en français, en anglais et en allemand. Pour que d’autres programmes de reboisement s’en emparent sur les sols cuirassés du Sahel, il leur faudra des données sur le coût par arbre et sur la survie au-delà des premières années, que seuls des suivis comparatifs peuvent fournir.

Afrik
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