
Une quarantaine de journalistes issus de médias publics et privés du Burkina Faso ont participé à une formation militaire organisée par les autorités à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. Présentée comme une « immersion patriotique », cette initiative, appelée à être reconduite chaque année, suscite des réactions de plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières (RSF).
Plus de 40 journalistes burkinabè ont achevé une session de formation organisée par le ministère de la Sécurité dans la périphérie de Ouagadougou. Réunis pendant plusieurs jours à l’Académie de police de Pabré, les participants ont suivi un programme présenté par les autorités comme une immersion destinée à les familiariser avec les réalités des forces de défense et de sécurité engagées dans la lutte contre les groupes armés au Burkina Faso.
Une formation organisée près de Ouagadougou
La session s’est déroulée à l’Académie de police de Pabré, localité située à une vingtaine de kilomètres de la capitale burkinabè. Selon les autorités, cette initiative a concerné des journalistes issus aussi bien des médias publics que des médias privés. Le programme a été mis en place à l’initiative du ministère de la Sécurité. Les autorités ont indiqué que cette formation s’inscrit dans un contexte marqué par les défis sécuritaires auxquels le pays est confronté depuis plusieurs années.
Des images diffusées par la télévision publique ont montré les participants en tenue militaire lors de certaines activités organisées dans le cadre de cette formation. Une cérémonie de clôture a également été organisée en présence de responsables gouvernementaux. Lors de son intervention devant les journalistes, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a appelé les professionnels des médias à conjuguer patriotisme, professionnalisme et engagement dans l’exercice de leur métier.
Des « journalistes patriotiques et professionnels » ?
Dans une séquence relayée par les médias publics, le ministre s’est adressé aux participants en leur demandant s’ils entendaient être des « journalistes patriotiques et professionnels ». Les journalistes présents ont répondu collectivement à cette interpellation. Les autorités ont annoncé que cette initiative devrait désormais être organisée de manière régulière. Elle s’inscrit dans une série de programmes mis en place par l’État dans le cadre de la mobilisation nationale face aux enjeux sécuritaires.
Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a indiqué que cette formation avait pour objectif de rapprocher les journalistes des réalités vécues quotidiennement par les forces de défense et de sécurité. Selon lui, les activités proposées visaient à permettre aux participants de mieux comprendre les missions opérationnelles ainsi que les valeurs défendues par les institutions chargées de la sécurité nationale. Les autorités estiment que cette immersion peut contribuer à renforcer la compréhension du contexte sécuritaire dans lequel évoluent les différents acteurs du pays.
Inquiétudes à la suite de cette formation
L’initiative a toutefois suscité des réactions au sein des organisations engagées dans la défense de la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) figure parmi les structures ayant exprimé des inquiétudes à la suite de cette formation. Sadibou Marong, responsable de RSF pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré que les journalistes ne devaient pas être assimilés à des militaires ni être intégrés à l’effort de guerre à travers le port de l’uniforme ou la manipulation d’armes. Cette réaction intervient dans un contexte où plusieurs organisations internationales suivent l’évolution de la situation des médias au Burkina Faso.
Les préoccupations exprimées par les défenseurs de la liberté de la presse s’inscrivent dans un environnement où les conditions d’exercice du métier de journaliste font régulièrement l’objet d’observations de la part d’organisations nationales et internationales. Plusieurs cas impliquant des professionnels des médias ont été signalés ces dernières années. Parmi eux figure celui du journaliste Serge Oulon, dont la détention se poursuit deux ans après son enlèvement à Ouagadougou.




