Soutenir les pays qui sortent d’une guerre

Qu’elle soit civile ou militaire, la guerre est un véritable drame pour les pays qui la subissent. D’un point de vue humain, c’est évident. Mais ça l’est également d’un point de vue économique. Analyse.

Selon une étude conjointe d’Oxfam, de RAIAL et de Saferworld, Les milliards manquants de l’Afrique, rendue publique le mois dernier, une guerre, une guerre civile ou une rébellion entraînent en moyenne une chute de 15% de l’activité économique (2,3 % / an x 7 [sept ans étant la durée moyenne d’un conflit]). Au total, en tenant compte à la fois des effets directs et indirects, on estime que les guerres ont coûté 284 milliards de dollars (200 milliards d’euros, 131 mille milliards de FCFA) aux économies africaines de 1990 à 2005.

De moins en moins de guerres en Afrique

Durant cette période de quinze ans, vingt-trois pays africains ont été impliqués dans des conflits. Depuis, même si des troubles graves demeurent (dans la région du Darfour au Sud-Soudan, au Nord et au Sud Kivu à l’Est du Congo ou encore à Mogadiscio et dans sa région en Somalie), le nombre de conflits a sensiblement régressé (surtout par rapport à la décennie 1991-2001). La Sierra Leone, le Liberia, la Côte d’Ivoire, le Congo-Brazzaville, la RDC et l’Angola en particulier sont parvenus, ces dernières années, à mettre un terme à des années de conflits armés.

Mais une fois la guerre terminée, ces pays ne sont pour autant pas sortis d’affaire. En moyenne, ils sont près d’un sur deux à sombrer à nouveau dans la violence. Ils doivent donc être vigilants et tout faire pour 1) ne pas replonger et 2) renouer avec la croissance et le développement. Dans cette phase critique, la communauté internationale et les bailleurs de fonds peuvent être d’utiles soutiens. A condition bien entendu d’appliquer des méthodes efficaces, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé, comme le relève Paul Collier dans son dernier ouvrage, The Bottom Million : Why the porrrest countries are failing and what can be done about it.

Quelle aide offrir après un conflit?

Quel type d’aide proposer aux Etats post-conflit ? A cette question, Collier répond qu’en règle générale, c’est de l’assistance technique (compétences et savoir-faire intellectuels) dont les Etats ont le plus besoin dans un premier temps. Injecter des quantités d’argent immédiatement au sortir de la guerre, même si « tout est à reconstruire », est inefficace. Il faut attendre que le pays ait la capacité à les absorber. Sinon, c’est purement et simplement du gâchis.

Quel type d’assistance technique apporter ? Le politiquement correct commande ici de dire qu’il faut renforcer les capacités propres des pays concernés (selon l’expression consacrée, to support « capacity building »). En clair, cela signifie : former des locaux plutôt que d’envoyer des « experts » sur place. C’est, selon Collier, là aussi une erreur. « Vous formez des gens conformément aux standards internationaux. Mais », poursuit-il, « en l’absence de toute perspective de carrière, ils se servent de leur formation comme d’un passeport pour fuir leur pays. Je le sais, j’ai formé des gens pendant trois décennies. En réalité, cela fait sens pour un pays d’importer temporairement les compétences dont il a besoin, d’autant qu’une partie de celles-ci ne lui seront plus nécessaires au bout d’un certain temps ».

Importer très vite des compétences en Afrique

A quel moment injecter des compétences ? C’est une question non moins cruciale. Apporter une assistance technique alors que les conditions ne sont pas encore tout à fait réunies pour un véritable changement dans le pays concerné est totalement inefficace. En revanche, une fois ce changement positif amorcé, il convient, selon Collier, de produire un effort maximum en matière d’assistance technique sur une période de quatre ans (en particulier, les deux premières années). C’est à ce moment là que le bénéfice tiré de compétences et de savoir-faire extérieurs est le plus grand.

Un dernier chiffre pour conclure : 64 milliards de dollars par an, c’est, toujours selon Collier, ce que coûte une guerre civile. Sachant que durant la dernière décennie, deux nouvelles guerres civiles en moyenne ont éclaté chaque année dans le monde, le coût global de ces conflits se chiffre à plus de 100 milliards de dollars par an ; soit plus du double de l’aide publique au développement allouée chaque année par la communauté internationale. De ce point de vue, mettre un terme aux guerres en Afrique, c’est d’abord et avant tout un devoir moral, certes, mais c’est aussi d’un point de vue économique une très bonne affaire…

Michaël Cheylan (de notre partenaire Capafrique)