Souleymane Ndiaye : « L’intelligence n’est pas occidentale mais universelle »

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Toutes les caricatures de Souleymane Ndiaye délivrent un message. Le jeune caricaturiste sénégalais met chaque jour ses crayons en action pour dénoncer les travers du monde dans lequel nous vivons. Rencontre avec un artiste qui a fait de l’humour une arme pour bousculer les consciences.

Souleymane Ndiaye a le sourire facile. Il est simple et décontracté. Derrière ses muscles saillants, l’homme a du cœur. « Je suis humaniste », dit-il. Le jeune caricaturiste sénégalais de 29 ans est aussi artiste-peintre. Amoureux de la culture africaine, il raconte, à travers ses peintures, l’Afrique, ses terres, ses champs, ses femmes… Il a déjà vendu ses oeuvres dans plusieurs pays, Angleterre, Allemagne, République tchèque… « J’ai des choses à dire ! », affirme-t-il. C’est à travers ses caricatures qu’il a trouvé le meilleur moyen de s’exprimer, en toute liberté. Souleymane Ndiaye réside en France depuis 2000. Au départ, il était seulement venu pour présenter ses oeuvres dans une exposition à Paris, mais le destin en a décidé autrement. Il est finalement resté. L’artiste n’en est pas moins attaché à sa terre natale, le Sénégal. Il y retourne régulièrement pour se ressourcer.

Afrik.com : Quelle est la particularité de vos caricatures ?

Souleymane Ndiaye :
A travers mes caricatures, j’essaye de m’exprimer de manière contemporaine. J’essaye de parler à tout le monde car mes amis sur Facebook ont entre 20 et 90 ans. On est dans une période de bouleversements en France. Un Français peut être noir comme issu d’une famille amérindienne, il faut le prendre en compte pour être compris de tous. On ne peut plus se baser uniquement sur les fables de la Fontaine, même s’il ne faut pas oublier l’humour d’hier qui est aussi une base d’inspiration. Mais le monde évolue. Et l’humour aussi doit évoluer. Quand on parle à des jeunes ou à des personnes plus âgées, il faut rentrer dans leur psychologie pour essayer de les faire rire. Il faut s’adapter sans cesse pour être compris par toutes les générations. Par exemple, dans une caricature, j’ai illustré les personnalités de Hollande et Sarkozy en m’inspirant de la fable Le chêne et le roseau. Hollande est un homme de consensus, je l’ai donc représenté comme le roseau, qui est souple. Même en le tordant, il ne se brise pas, il revient à sa place. Tandis que le chêne, qui est plus robuste, tombe et se brise quand il y a du vent, car il est trop rigide comme Sarkozy peut donner l’impression. En me basant sur cette fable pour parler de faits actuels, tout le monde peut comprendre le message que je veux délivrer.

Afrik.com : D’où puisez-vous votre inspiration ?

Souleymane Ndiaye :
Je puise mon inspiration surtout dans la vie quotidienne. Je parle beaucoup de l’actualité, de la politique, des relations internationales. J’ai des idées de gauche comme de droite. Je n’aime pas qu’on ait pitié de moi. Je déplore le discours de victimisation des jeunes de banlieues en France. Il faut se battre contre un système et arrêter de faire des conneries ! Quand tu n’es pas dans ton pays d’origine tu dois faire gaffe car tu es un porte drapeau.

Afrik.com : Quels sont les messages que vous délivrez à travers vos caricatures ?

Souleymane Ndiaye :
Les caricatures sont une forme de liberté pour moi. J’aime m’exprimer librement. Dans le monde dans lequel nous vivons, il y a plein de vérités à rétablir! Ces vérités, on peut les rétablir à travers le rire et l’humour! Quand j’étais au Sénégal, j’étais un ado rêveur. Je ne supportais pas le système de castes. Je n’aime pas le communautarisme. J’aime le mélange des cultures. Lorsque je suis arrivé en France, j’ai été surpris négativement. L’image négative des Africains renvoyée par l’Occident m’a révolté! Je me suis dit prends tes crayons et dénonce cela! Auparavant, je voyais l’Occident comme les aînés le représentaient lorsqu’ils en revenaient. Merveilleux. Parfait. Ils ne disaient pas la vérité et frimaient. Arrivé à Paris, c’était un autre monde. Je ne pouvais pas imaginer que des gens vivaient dans un 9m carré. J’étais choqué!

Afrik.com : Qu’est ce qui vous a conduit à la caricature ?

Souleymane Ndiaye :
C’est une passion que j’ai depuis tout petit. Lorsque j’étais à l’école, je griffonnais dans mes cahiers tout ce que je voyais autour de moi. Dans la famille, mon père nous a tous incités à faire des études. Il n’était pas convaincu par mon projet. Il m’a dit que la voie dans laquelle je m’engageais était difficile car les artistes ont du mal à percer. Mais moi je ne voulais pas faire de longues études. Je voulais juste vivre de mon art. Je me suis toutefois inscrit à l’université. J’y ai étudié le droit constitutionnel. Mais la peinture m’a rattrapé. Je me suis arrêté à la licence. Je ne pouvais pas aller plus loin. J’ai donc commencé très jeune à vendre mes tableaux. Ce n’était pas facile au début de vivre de ma passion. Mais j’ai fini par vendre en Allemagne, en Angleterre, en République tchèque… Mais je ne regrette pas pour autant d’avoir fait des études. Le droit constitutionnel m’a beaucoup apporté. Il m’a ouvert des portes dans mon travail : pour pouvoir caricaturer, il faut avoir des connaissances exhaustives en politique, géopolitique, politique étrangère… pour comprendre comment le monde fonctionne et commenter l’actualité.

Afrik.com : Vous êtes aussi peintre. Pouvez-vous nous parlez de vos œuvres ?

Souleymane Ndiaye :
Des gens m’ont fait remarquer que je représentais beaucoup les femmes africaines. Elles travaillent beaucoup. Elles sont braves. Ce sont elles qui maintiennent le foyer debout. Je dessine des femmes actives, au marché, travaillant dans les champs… Les femmes africaines sont tellement belles! Avec leurs vêtements colorés, leurs bijoux, on peut vraiment faire de belles peintures! Pour moi, la peinture est aussi une forme de tribune pour apporter un petit plus. C’est également un moyen de défendre la culture africaine. J’aime l’Afrique profonde. L’Afrique des terres. L’Afrique a beaucoup de richesses. L’intelligence n’est pas occidentale mais universelle. Il ne faut pas l’oublier.

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