Souleymane Diouf : « mourir pour dénoncer une injustice »

Depuis le 2 août, Souleymane Diouf ne mange plus et ne boit plus. Il souhaite que pour une fois, le gouvernement se manifeste et lui paye la somme de 45 700 euros pour un disque dédié au président Abdoulaye Wade. En 2007, le rappeur avait pourtant obtenu gain de cause auprès de la justice sénégalaise qui avait exhorté l’Etat à lui payer cette somme. Trois ans après, la situation reste inchangée. Interview d’un acharné.

Nuit et jour, Souleymane Diouf alias « Farah » campe sur la place de l’Indépendance, à Dakar. Les passants intrigués s’arrêtent pour l’encourager. Depuis deux semaines, le rappeur âgé de 39 ans, est en grève de la faim. Il se dit « prêt à mourir » pour obtenir les 45 700 euros que lui doit le Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir). Sa voix tremble, il a du mal à s’exprimer. Les mots se font hésitants, lents et douloureux. Malgré son extrême fatigue, Souleymane Diouf ne lâchera pas : « une question d’honneur ». En 2007, la justice sénégalaise lui avait donné raison et avait exhorté l’Etat à lui payer la dite somme, comme convenu, pour un disque dédié au président Abdoulaye Wade. En vain. Le gouvernement est resté sourd à cette demande. Depuis, Souleymane Diouf, marié et père de quatre enfants, se bat pour qu’enfin on l’écoute. Interview.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous entamé une grève de la faim ?

Souleymane Diouf :
Je veux qu’on accède à ma demande, qu’on me rende la somme qu’on m’a promis, à savoir 45 700 euros. Au moment de la présidentielle en 2007, j’avais dédié une chanson au président Abdoulaye Wade. Il l’avait écouté et semblait être intéressé. J’ai donc payé des musiciens et il m’a dit qu’il financerait la duplication du disque. (Il cherche son souffle). Voyant qu’il ne le faisait pas, j’ai manifesté sur la voie publique et j’étais emprisonné pendant quinze jours. Quelque temps après, j’ai appris que mon disque avait été piraté et dupliqué à la demande de Farba Senghor, le chargé de la propagande du PDS. Je n’ai jamais reçu l’argent qu’ils avaient fait derrière mon dos. J’ai alors saisi la justice pour qu’ils me payent les 45 700 euros. Le juge m’a donné raison et maintenant, trois ans après, j’attends toujours.

Afrik.com : La justice n’est pas intervenue pour que la situation change…

Souleymane Diouf :
la justice fait ce qu’elle peut. Les forces de l’ordre n’ont jamais été au domicile de Farba Senghor pour procéder à la saisie. Certaines personnes semblent être intouchables.

Afrik.com : Lors d’une interview accordée à l’AFP, le conseiller de communication de Farba Senghor, Yoro Sorr, vous a taxé de « délinquant financier ». Il ajoute que M. Senghor aurait payé plus de 1.524 euros à un producteur sénégalais pour vous aider à dupliquer votre single en 5000 exemplaires mais que contrairement à ce que vous prétendez, ces CD n’ont jamais été utilisés ». Que répondez-vous à cette accusation ?

Souleymane Diouf :
Ce sont des mensonges. Tout est entièrement faux. Ces accusations sont infondées. La justice m’a donné raison. Le débat est clos.

Afrik .com : Jusqu’ou êtes-vous prêt à aller ?

Souleymane Diouf :
(Long silence). Jusqu’à la mort, mourir pour dénoncer une injustice, c’est mon combat aujourd’hui. C’est une question d’honneur. Des amis et les radios ainsi que des gens de la société civile passent me voir, me soutenir. Pour l’instant, de l’autre côté (pouvoir), c’est le silence. Mon avocat a écrit au gouvernement, au ministère de l’Intérieur… Jusque là, il n’a pas obtenu de réponse.

Afrik.com : Que vous disent les personnes qui vous croisent sur la place de l’Indépendance ?

Souleymane Diouf :
Cela dépend des gens. Il y en qui me soutiennent et d’autres qui me disent que le régime va bientôt finir et qui serait préférable pour moi d’arrêter la grève de la faim…