Soudan – Soudan du Sud : la crise perdure

Environ mille deux cents soldats sud-soudanais ont trouvé la mort dans les combats autour de la zone pétrolière et frontalière de Heglig. Depuis la proclamation d’indépendance du Sud-Soudan, le 14 juillet 2011, et la partition du pays, une rivalité s’est installée entre le Nord et le Sud. La zone frontalière de Heglig, qui représente la moitié de la production pétrolière soudanaise, suscite plus que jamais les convoitises des deux parties. La communauté internationale se dit très préoccupée.

Les derniers affrontements entre le Soudan et le Soudan du Sud dans la zone pétrolière et frontalière de Heglig auraient fait environ mille deux cents morts parmi les soldats sud-soudanais, a déclaré le commandant de l’armée soudanaise, Kamal Marouf. Il n’a pour l’instant pas donné de précisions relatives à ses troupes personnelles. Des informations difficilement vérifiables mais selon plusieurs sources crédibles : la zone a été la cible d’attaques ce weekend et des cadavres de soldats sud-soudanais ont été retrouvés dans les rues ce lundi. Heglig est depuis fin mars le théâtre d’affrontements Nord-Sud sans pareils depuis l’indépendance du Soudan du Sud. Une situation préoccupante selon l’Union africaine (UA), les Etats-Unis, les Nations unies et la communauté internationale.

Une recrudescence des combats

Ce lundi, des avions bombardiers soudanais auraient lancé un nouveau raid contre la ville frontalière de Bentiu, au Soudan du Sud, capitale de l’état pétrolifère d’Unité, selon l’AFP. De violentes explosions auraient été enregistrées dans la localité et plusieurs bombes larguées près d’un pont stratégique et d’un marché.

Ces annonces viennent semer le trouble. De multiples déclarations et signes d’apaisement ont été faites à la fois par les autorités soudaines et par celles du Sud-Soudan. Elles laissaient planer un semblant de retour au calme et donnaient à penser que les deux parties étaient prêtes à une sortie de crise pacifique.

Vendredi 20 avril, le gouvernement de Khartoum annonçait déjà avoir repris le contrôle de la zone frontalière contestée de Heglig à la suite de violents combats et le Soudan du Sud de son côté évoquait qu’il s’y était retiré « volontairement sous pression internationale ».

Nous allons « donner une leçon par la force au Soudan du Sud »

D’un côté, Khartoum laisse entendre que « [ses] troupes ont pu libérer la ville de Heglig par la force, et l’ont reprise à 11h20 GMT (14h20 heure locale, ndlr) aujourd’hui (vendredi, ndlr) », d’autant plus que le président soudanais, Omar el-Béchir promettait la veille de « donner une leçon par la force au Soudan du Sud ». Et de l’autre, Djouba annonce que les troupes de la SPLA, l’armée sud-soudanaise, ont reçu l’ordre de se retirer de Heglig, précisant par la suite qu’ « un retrait ordonné va commencer immédiatement et devra être terminé dans les trois jours ». Cependant le Sud-Soudan rappelle qu’il considère toujours Heglig comme une partie intégrante du territoire sud-soudanais.

La prise de Heglig est « illégale »

L’UA, les Etats-Unis, les Nations unies et la communauté internationale se sont dits « profondément préoccupés » par la situation entre les deux Soudan et n’ont eu de cesse, ces derniers jours, de multiplier les appels au calme et d’inviter les deux parties à la retenue, afin d’éviter de nouveaux affrontements.

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, avait jugé « illégale » la prise de Heglig par Djouba et exhorté par la même occasion le Soudan à « cesser immédiatement de bombarder » le Soudan du Sud. Il avait par ailleurs enjoint Khartoum à se retirer d’autres territoires faisant partie intégrante du Soudan du Sud.

Ce samedi, dans un message vidéo adressé aux dirigeants et populations des deux Soudan, Barack Obama a appelé à la fin des combats entre les deux pays et les a invités à entamer de nouvelles négociations pour pouvoir mettre un terme à leur conflit, enjoignant directement les deux présidents à « avoir le courage de revenir à table pour négocier et résoudre pacifiquement ces problèmes ».

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