Soudan : Omar el-Béchir rattrapé par l’histoire

Dès ce mardi 21 juillet, le général Omar el-Béchir, ancien Président soudanais comparaît, devant la justice de son pays. Le motif de cette comparution : le coup d’Etat qu’il a organisé, le 30 juin 1989, et pour lequel, il risque gros.

L’ex-homme fort de Khartoum, le général Omar el-Béchir Hassan Ahmed el-Béchir, sera jugé dès demain mardi par la justice du pays qu’il a dirigé d’une main de fer pendant 30 ans. S’il est vrai que de nombreuses accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, etc. pèsent sur l’homme qui est d’ailleurs activement traqué par la Cour pénale internationale depuis des années, le procès qui sera ouvert demain est pour un tout autre motif : le coup d’Etat perpétré, le 30 juin 1989 (soit 31 ans plus tôt) par Omar el-Béchir qui, ce jour-là, renversait la coalition gouvernementale du Premier ministre Sadeq al-Mahdi et du chef de l’Etat Ahmed al-Mirghani.

Omar el-Béchir, lui-même démis par l’armée, le 11 avril 2019, après plus de trois mois de manifestations et six jours de rassemblements devant sa résidence pour exiger sa démission, est incarcéré depuis le 16 avril 2019. Il avait déjà écopé, le 14 décembre 2019, de deux ans d’emprisonnement pour divers chefs d’accusation dont la « possession de fonds étrangers ».
Cette fois-ci, il devra répondre du putsch qui l’a amené à la tête du pays, il y a plus de 30 ans, devant une cour spéciale composée de trois juges. Avec à ses côtés, 16 autres accusés : 10 militaires et 6 civils.

« Ce procès sera un avertissement à toute personne qui essaiera de détruire le système constitutionnel et qui sera jugée pour ce crime. Cela sauvegardera la démocratie soudanaise. Nous espérons ainsi clore l‘ère des putschs au Soudan », a laissé entendre Moaz Hadra, un des avocats à l’origine de la procédure contre l’ancien Président qui encourt jusqu’à la peine de mort.

Mais pour la défense, ce procès n’en est pas un, puisque les faits remontent à plus de 10 ans. Les avocats d’Omar el-Béchir et ses co-accusés y voient plutôt une action politique. « Pour nous, il s’agit d’un procès politique qui se cache derrière la loi. Ce procès va se dérouler dans un environnement hostile de la part du système judiciaire envers les accusés et nous pourrons le prouver », a affirmé Me Hachem al-Gali, un des 150 avocats de la défense.