Soudan: Omar el-Béchir poursuit son bras de fer avec la CPI

Omar el-Béchir, le président soudanais, a contre-attaqué, dimanche, la Cour pénale internationale (CPI). Lors de sa visite au Darfour, région située à l’ouest du Soudan, le président a annoncé l’expulsion de treize ONG dont dix étrangères. Dans le même temps, les autorités soudanaises ont libéré l’opposant islamiste, Hassan al-Tourabi pour rassurer ses alliés qui, depuis le début, se sont opposés à la procédure lancée par la CPI.

Omar el-Béchir multiplie les contradictions. Dimanche, lors d’une visite éclair au Darfour, province de l’ouest soudanais, en proie à la guerre civile, il a une nouvelle fois défié la Cour pénale internationale (CPI). « Ces gens sont des hypocrites et des menteurs. Je leur dit à tous, juges et procureurs, que je les foule au pied », a-t-il déclaré. Mais dans le même temps, le président soudanais a libéré l’opposant islamiste, Hassan al-Tourabi. Preuve qu’Omar el-Béchir n’est pas indifférent au mandat d’arrêt lancé contre sa personne. Cette libération est sans doute une manière pour le chef d’Etat de rassurer ses alliés qui, depuis le début, se sont opposés à la procédure lancée par la CPI.

La libération d’Hassan al-Tourabi

Les autorités soudanaises ont rendu sa liberté, ce week-end, à Al-Tourabi près de deux mois après sa mise en détention. Courant janvier, l’opposant islamiste avait affirmé que le président était « politiquement coupable » de crimes au Darfour et qu’il devait se rendre de son propre chef devant la CPI. Une opinion inchangée. Sitôt libéré de prison, le chef du parti du Congrès populaire (PCP) a réitéré, lundi, son soutien à la justice internationale. Cette libération intervient après l’annonce de l’expulsion de treize ONG ordonnée par Omar el-Béchir, qui les accuse d’avoir fourni une assistance à la CPI.

Parade au Darfour

Lors d’un rassemblement organisé, dimanche, au Darfour, El-Béchir avait brandi une épée et menacé d’expulser des diplomates et d’autres organismes humanitaires. « Nous expulserons tous ceux qui agissent contre la législation soudanaise, qu’il s’agisse d’organisations bénévoles, de missions diplomatiques ou de forces de sécurité », a affirmé le président. Treize ONG ont déjà été contraintes de partir du Soudan. Avant les expulsions, les Nations unies et les ONG dirigeaient au Darfour, région en proie à la guerre civile depuis 2003, la plus grande opération humanitaire du monde.

Les autorités soudanaises ont indiqué qu’elles allaient prendre le relais à la suite du départ des ONG. « Nous allons combler le vide », a assuré le président El-Béchir, sans autre précision. « Ce n’est pas possible, dans un délai raisonnable, de remplacer la capacité et l’expertise que ces ONG ont fournies sur une longue période », avaient averti auparavant les agences de l’ONU au Soudan. Quelque 85 ONG internationales sont actives au Darfour, mais les 13 expulsées « comptent pour plus de la moitié de la capacité des opérations humanitaires », ont-elles précisé à l’AFP. Omar el-Béchir tente également de rallier l’appui de la population dans son bras de fer contre la CPI sur le thème de la lutte contre « le néocolonialisme occidental ».

A trop vouloir défier la justice internationale, Omar el-Béchir risque de perdre le soutien de l’Union Africaine (UA) et de ses partenaires économiques.

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